Pendant longtemps, les départements d’Outre-mer ont utilisé le cas d’Haïti comme contre-exemple pour justifier leur maintien sous la domination de la France. Cependant, l’abrogation symbolique du Code noir par l’Assemblée nationale française, jeudi 28 mai 2026, constitue une avancée importante dans le travail de mémoire autour de l’esclavage et dans les aspirations émancipatrices des peuples antillais.

Cette reconnaissance s’inscrit dans un long processus mémoriel. La loi Taubira de 2001 a reconnu la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. La France a ensuite instauré une journée nationale des mémoires de l’esclavage le 10 mai, tandis que l’UNESCO avait déjà créé une Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, célébrée le 23 août en référence aux révoltes d’esclaves de Saint-Domingue.

Le député de la Guadeloupe Max Mathiasin du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT), qui proposé le texte « portant abrogation du Code noir ». Photo/LCP

Dans les colonies françaises, le Code noir (1685) fut un instrument juridique destiné à déshumaniser les esclaves noirs en les réduisant au statut de biens meubles. Ce n’est qu’à la suite de l’indépendance d’Haïti, en 1804, qu’ils ont retrouvé le goût de la liberté. Cette épopée marque ainsi la renaissance politique et symbolique de l’homme africain esclavagisé, devenu sujet libre et digne dans l’histoire universelle.

Cette conquête historique a été défendue par plusieurs intellectuels haïtiens, notamment Baron de Vastey, Hannibal Price, Louis-Joseph Janvier et Anténor Firmin. Malheureusement, après 1804, aucune démarche juridique ne fut engagée afin d’obtenir justice et réparation pour les ancêtres réduits à l’état d’objets. Au contraire, en 1825, le roi Charles X imposa à la nation indépendante une dette de cent cinquante millions de francs destinée à indemniser les anciens colons esclavagistes.

Certes, ce document infâme a été abrogé à l’unanimité. Et après? 

 La réparation

Les débats autour de la mémoire coloniale se sont intensifiés ces dernières années. En Martinique, le déboulonnage, en 2020, des statues de Victor Schœlcher, Joséphine de Beauharnais et Pierre Belain d’Esnambuc symbolise le rejet des figures associées à l’esclavage et à la domination coloniale. Ces actions rappellent que la liberté ne fut jamais un simple don, mais le résultat de luttes menées par les esclaves eux-mêmes.

Au sens juridique, la réparation désigne l’ensemble des mesures, matérielles ou symboliques, destinées à compenser les préjudices subis par une personne ou un groupe, qu’ils soient moraux, physiques, politiques ou économiques. 

Comme le rappelle Louis-Georges Tin dans Esclavage et réparations : comment faire face aux crimes de l’Histoire : « La réparation est le fondement de toute justice. Quand un tort est commis, il doit être réparé. Dans toute l’histoire de l’humanité, aucune société n’a ignoré ce principe universel. Si l’on reconnaît que la traite négrière fut un crime, alors il devient logique d’accepter la réparation. Refuser la réparation revient à remettre en cause le caractère criminel du fait ».

L’injustice, quant à elle, renvoie au tort causé par une partie à une autre, qu’il soit individuel ou collectif, ponctuel ou structurel. Cette réflexion conduit ainsi à soutenir l’idée que les nations victimes, Haïti au premier rang, doivent obtenir justice pour les crimes liés à la traite négrière et à l’esclavage colonial.

En novembre 2025, le procès de militants martiniquais poursuivis après ces déboulonnages a ravivé les tensions autour de la mémoire coloniale dans les Antilles françaises. Comment les départements d’Outre-mer peuvent-ils réclamer réparation tout en restant administrés par l’ancienne puissance coloniale? Un véritable combat pour la justice historique implique également une réflexion sur l’autonomie politique, voire sur l’indépendance, afin de rompre définitivement avec les héritages du système colonial.


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