Samedi 6 juin 2026. Lieu d’Europe. Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes. Stras’ Caraïbes, louable initiative pour la promotion de la culture caribéenne et de ses mémoires, a réalisé sa 3e édition sous le thème « Souffle et Pulsations ». Dans une ambiance de convivialité, d’animation et de réflexion sur la mémoire de l’esclavage, des membres de cette communauté ont présenté des créations intéressantes.
Les projections, les lectures et l’exposition de livres traitant de l’esclavage contre les « êtres noirs » ont suscité de vives émotions auprès du public.
Danse traditionnelle et mémoire coloniale
En levée de rideau, les danseurs et danseuses de l’association Kreyol Kadans, dirigée par la musicienne guadeloupéenne Elise Kali, ont mis le public en pâmoison. L’artiste Kali transmet une énergie vibrante à l’accordéon en commandant le quadrille. Dotée d’une capacité d’animation rare, elle se distingue par un talent lumineux. Cette figure féminine à la posture de commandeure œuvre pour la conservation du patrimoine culturel de son pays d’origine.
Le quadrille de Guadeloupe est issu de l’histoire de l’esclavage colonial. Pratiqué dans les salons des colons européens, il a été transformé par les sociétés antillaises en danse populaire faisant partie intégrante de la culture créole. Depuis 2025, cette danse est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Défaire la violence héritée de l’esclavage
Le sociologue Léo Bien-Aimé a présenté une conférence-création visant à susciter des débats sur les violences et les injustices historiques produites par le système colonial et esclavagiste. Il montre que l’esclavage n’est pas qu’un outil de domination des Africains : il a désubjectivé leurs corps. Selon lui, « ces humains n’étaient plus des sujets, mais une chair violable et exploitable ».
L’artiste et comédienne Nathania Périclès ainsi que l’étudiant Hasner Gelin ont accompagné Léo Bien-Aimé en lisant des extraits de textes de poètes et écrivains haïtiens et antillais qui rendent visible une histoire de la colonisation longtemps occultée.

Cette conférence-création a abordé les thèmes de la violence, du corps et de la mémoire de l’esclavage, afin d’attirer l’attention sur la justice réparatrice et la nécessité de défaire la violence politique. Les discussions ont permis au public de réfléchir aux crimes contre l’humanité commis par le colonialisme contre les corps, sur la base du racisme et du préjugé de couleur.
Pour sa part, Lorrane S. Charles a rendu un vibrant hommage aux femmes qui ont combattu pour l’avancement de la société à tous les niveaux. Avec sa voix puissante, elle a offert une magnifique prestation qui a enchanté le public.
Le court métrage Kenbe Alada, de la cinéaste Wendy Desert, a permis de plonger dans l’identité culturelle haïtienne. Les expositions de photos, ainsi que les lectures libres, ont mis en valeur la diversité caribéenne.
En plus des émotions suscitées, les activités marquant la 3e édition de Stras’ Caraïbes ont provoqué des débats sur le silence imposé autour de l’histoire des peuples opprimés. Surtout celle d’Haïti, pays à l’égard duquel les discours haineux visant à occulter davantage sa réalité, minée par la violence politique, sont légion.

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