3–4 minutes
594 mots

Le mercredi 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York, a adopté la résolution A/80/L.48. Celle-ci est intitulée : « Déclaration sur la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains comme le plus grave crime contre l’humanité ». Un texte historique porté par le Ghana avec le soutien du…

Avatar de Amos Cincir

Le mercredi 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York, a adopté la résolution A/80/L.48. Celle-ci est intitulée : « Déclaration sur la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains comme le plus grave crime contre l’humanité ». Un texte historique porté par le Ghana avec le soutien du Groupe africain et de l’Union africaine.

Le vote était lourd de sens avec 123 pays qui ont voté pour cette résolution. Les États-Unis, Israël et l’Argentine s’y sont opposés frontalement. Alors que 52 autres États se sont abstenus, notamment plusieurs États membres de l’Union européenne comme la France et le Royaume-Uni. Mais au-delà du vote, un autre fait a marqué les esprits : la présence politique et diplomatique du Ghana dans ce combat historique.

123 pour, 3 contre et 52 abstentions. Source : l’ONU

À un moment où certains pays parlent encore de mémoire comme un simple exercice symbolique, le Ghana a compris que la mémoire noire est devenue un instrument de puissance diplomatique. Et pour cause, Accra a refusé la poésie mémorielle à l’ONU et préféré de réclamer plutôt dignement des réparations, des excuses officielles, la restitution des biens culturels africains pillés et une reconnaissance claire des responsabilités historiques.

Avec une vision claire et une étoffe de chef d’État responsable, le président ghanéen John Dramani Mahama a mené une telle  démarche avec une autorité remarquable. Il a pu gagner cette bataille grâce à une stratégie, une vision et une volonté de replacer l’Afrique au centre du débat international sur l’esclavage et ses conséquences contemporaines.

« Aujourd’hui, nous nous rassemblons dans une solidarité solennelle pour affirmer la vérité et ouvrir la voie à la guérison et à la justice réparatrice ». – Le président du Ghana, John Dramani Mahama

Mais où était Haïti, la première Nation noire libre et indépendante du monde? Question intéressante. Car avant le Ghana, avant les grandes déclarations internationales et les résolutions onusiennes, il y eut Haïti, ce petit volcan de la Caraïbe qui fit trembler les empires coloniaux. Avant les discours diplomatiques, il y eut Jean-Jacques Dessalines, Toussaint Louverture, Henri Christophe, Cécile Fatiman, Dutty Boukman et les autres esclaves insurgés de Saint-Domingue. Le 1er janvier 1804, Haïti ne demandait pas au monde l’autorisation d’être libre. Haïti imposait la première rupture noire victorieuse contre l’ordre colonial et esclavagiste mondial.

Cette Nation dont l’histoire est une épopée n’était pas un accident régional. Elle était un tremblement de terre historique. Elle a changé la conscience politique des peuples noirs et terrorisé les puissances esclavagistes de l’époque. Plus de deux siècles plus tard, le contraste est brutal.

Dorénavant, le Ghana se présente comme un État africain qui veut influencer le monde. Haïti, elle, semble enfermée dans un silence diplomatique inquiétant. Le pays qui a ouvert la voie de la liberté noire s’éloigne des grandes offensives internationales sur les réparations, néglige la mémoire historique et la justice raciale.

Triste de constater que d’autres nations occupent désormais l’espace moral et stratégique que Port-au-Prince aurait dû naturellement incarner.

Passer à une diplomatie efficace

La diplomatie haïtienne vit encore trop souvent sur le prestige de 1804 sans transformer cet héritage en une puissance contemporaine. Or, l’histoire ne protège pas les peuples qui dorment éternellement sur leurs gloires passées. Haïti doit maintenant comprendre que son histoire seule ne suffira plus. Le pays doit reconstruire une véritable diplomatie historique, investir les organisations internationales, former une nouvelle génération de diplomates panafricains et redevenir une voix forte du monde afro-descendant.

1804 ne doit plus être seulement un souvenir célébré chaque année. Cette date doit redevenir une stratégie vivante. Sinon, d’autres continueront de parler au nom de l’histoire qu’Haïti a pourtant écrite avec son sang.

Merci de commenter

Lire les commentaires

COMMENTAIRES DES LECTEURS ET LECTRICES

  1. Avatar de Nouvayti
  2. Avatar de Erno Renoncourt
  3. Avatar de Inconnu
  4. Avatar de Nouvayti
  5. Avatar de Inconnu
  6. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Le texte « Makout versus gangs armés » est une radiographie clinique d’une justesse implacable. En opposant la…

  7. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Je tiens à te féliciter chaleureusement pour ton brillant article. Ton analyse est d’une lucidité remarquable et pose…

🚫Nouvayti bannit la fausse nouvelle (fake news), la désinformation, la diffamation, les discriminations, le racisme (lié à la couleur de peau, à l’origine ethnique, à la religion, etc.), l’incitation à la haine et à la violence sous toutes les formes.
Notre ligne de conduite est claire et précise.


Affaire Orélien : ignorance ou malhonnêteté intellectuelle?

Clou de l’affaire Orélien. Les Éditions du Boréal ont annoncé, dans un communiqué, le 21 octobre 2026, la fin de leur relation avec l’auteur de « C’était ça ou mourir ». Pour nous, qui commentons cette affaire de plagiat et d’usage d’intelligence artificielle, le principe de probité doit primer…

Lire

Les États-Unis accusent le Canada d’ingérence, mais s’ingèrent dans les affaires d’un tas de pays

Deux poids, deux mesures dans les discours et actions des diplomates des États-Unis. Les autorités étasuniennes n’acceptent pas l’ingérence dans leur vie politique, pourtant elles s’immiscent en profondeur dans les affaires internes de beaucoup d’autres pays. Au nom de la raison du plus fort.

Lire

Restituer la mémoire et réactualiser l’idéal de Dessalines

Après l’assissanat de Jean-Jacques Dessalines en 1806, personne n’avait le droit de prononcer son nom pendant quarante ans. Par ce processus d’effacement de sa mémoire, l’Occident colonial voulait mettre en déroute la Révolution de 1791-1804. Survol historique pour réactualiser l’idéal du père fondateur de la nation haïtienne au prisme d’un regard décolonial.

Lire

Ils veulent le statu quo, vous pouvez agir!

Il faut sans cesse remuer le couteau dans la plaie pour casser le moule du système pourri qu’ils veulent maintenir… Et ranimer, si possible, la conscience sur toutes les erreurs du passé à ne plus répéter. Telle une fatalité, une malédiction, une guigne pour Haïti…

Lire

Bank of America dans la tourmente

Bank of America essuie 1,2 milliard de dollars d’amendes pour violations graves des lois anti‑blanchiment et des sanctions des États-Unis. Une correction historique qui fragilise sa gouvernance, alourdit ses coûts de conformité et place la banque sous surveillance renforcée.

Lire

La Russie contre l’ingérence étasunienne en Haïti

À l’initiative des États-Unis, soutenus par le Panama, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté (avec 14 voix pour, 1 abstention), mercredi 14 octobre 2026, une résolution qui reconduit le régime de sanctions contre Haïti. La Russie s’est abstenue, dénonçant l’ingérence politique dans ce pays caribéen sous contrôle étasunien.

Lire

Haïti : énième rapport de l’ONU et les « commanditaires de gang »

L’Organisation des Nations Unies (ONU) ne lâche pas une partie de la classe politique haïtienne souvent reprochée d’implication dans le gangstérisme en Haïti. Une fois encore, les noms d’anciens sénateurs et députés, d’élus locaux (maires), de hauts gradés de la Police ainsi que de policiers sont cités dans un énième rapport onusien. Et après?

Lire

Un problème est survenu. Veuillez actualiser la page et/ou essayer à nouveau.

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture