Le mercredi 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York, a adopté la résolution A/80/L.48. Celle-ci est intitulée : « Déclaration sur la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains comme le plus grave crime contre l’humanité ». Un texte historique porté par le Ghana avec le soutien du Groupe africain et de l’Union africaine.
Le vote était lourd de sens avec 123 pays qui ont voté pour cette résolution. Les États-Unis, Israël et l’Argentine s’y sont opposés frontalement. Alors que 52 autres États se sont abstenus, notamment plusieurs États membres de l’Union européenne comme la France et le Royaume-Uni. Mais au-delà du vote, un autre fait a marqué les esprits : la présence politique et diplomatique du Ghana dans ce combat historique.

À un moment où certains pays parlent encore de mémoire comme un simple exercice symbolique, le Ghana a compris que la mémoire noire est devenue un instrument de puissance diplomatique. Et pour cause, Accra a refusé la poésie mémorielle à l’ONU et préféré de réclamer plutôt dignement des réparations, des excuses officielles, la restitution des biens culturels africains pillés et une reconnaissance claire des responsabilités historiques.
Avec une vision claire et une étoffe de chef d’État responsable, le président ghanéen John Dramani Mahama a mené une telle démarche avec une autorité remarquable. Il a pu gagner cette bataille grâce à une stratégie, une vision et une volonté de replacer l’Afrique au centre du débat international sur l’esclavage et ses conséquences contemporaines.
« Aujourd’hui, nous nous rassemblons dans une solidarité solennelle pour affirmer la vérité et ouvrir la voie à la guérison et à la justice réparatrice ». – Le président du Ghana, John Dramani Mahama
Mais où était Haïti, la première Nation noire libre et indépendante du monde? Question intéressante. Car avant le Ghana, avant les grandes déclarations internationales et les résolutions onusiennes, il y eut Haïti, ce petit volcan de la Caraïbe qui fit trembler les empires coloniaux. Avant les discours diplomatiques, il y eut Jean-Jacques Dessalines, Toussaint Louverture, Henri Christophe, Cécile Fatiman, Dutty Boukman et les autres esclaves insurgés de Saint-Domingue. Le 1er janvier 1804, Haïti ne demandait pas au monde l’autorisation d’être libre. Haïti imposait la première rupture noire victorieuse contre l’ordre colonial et esclavagiste mondial.
Cette Nation dont l’histoire est une épopée n’était pas un accident régional. Elle était un tremblement de terre historique. Elle a changé la conscience politique des peuples noirs et terrorisé les puissances esclavagistes de l’époque. Plus de deux siècles plus tard, le contraste est brutal.
Dorénavant, le Ghana se présente comme un État africain qui veut influencer le monde. Haïti, elle, semble enfermée dans un silence diplomatique inquiétant. Le pays qui a ouvert la voie de la liberté noire s’éloigne des grandes offensives internationales sur les réparations, néglige la mémoire historique et la justice raciale.
Triste de constater que d’autres nations occupent désormais l’espace moral et stratégique que Port-au-Prince aurait dû naturellement incarner.
Passer à une diplomatie efficace
La diplomatie haïtienne vit encore trop souvent sur le prestige de 1804 sans transformer cet héritage en une puissance contemporaine. Or, l’histoire ne protège pas les peuples qui dorment éternellement sur leurs gloires passées. Haïti doit maintenant comprendre que son histoire seule ne suffira plus. Le pays doit reconstruire une véritable diplomatie historique, investir les organisations internationales, former une nouvelle génération de diplomates panafricains et redevenir une voix forte du monde afro-descendant.
1804 ne doit plus être seulement un souvenir célébré chaque année. Cette date doit redevenir une stratégie vivante. Sinon, d’autres continueront de parler au nom de l’histoire qu’Haïti a pourtant écrite avec son sang.

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