Le peuple haïtien a profité de cette Coupe du monde pour s’affirmer et montrer avec fierté ce que symbolise et représente La Dessalinienne pour Haïti. Adopté en 1904, ce chant patriotique a suscité l’enthousiasme dans le pays et dans la diaspora. Des dirigeants, des artistes, des intellectuels, autres acteurs de la société civile et des citoyennes et citoyens de toutes catégories se sont rassemblés pour accompagner la sélection nationale.
Dans un élan de solidarité collective, Haïtiens et Haïtiennes ont investi en ce sens des espaces de rencontre au-delà des clivages sociaux, politiques ou religieux.
Dans plusieurs églises, des prêtres et des pasteurs ont invité leurs fidèles à soutenir l’équipe nationale et à prier pour son succès. De leur côté, certains adeptes du vodou ont organisé des cérémonies et des rituels destinés à invoquer la protection des ancêtres et les forces spirituelles censées accompagner les joueurs. Cette mobilisation collective témoigne d’une réalité propre à la culture haïtienne : plusieurs traditions religieuses y coexistent et convergent parfois autour d’un même idéal national.
Au-delà des résultats insatisfaisants des Grenadiers, malgré le soutien collectif du 12e joueur, leur participation à cette compétition montre que l’essentiel réside dans la capacité du sport à rassembler les Haïtiens. Rassembler autour d’une mémoire collective, d’un sentiment d’appartenance et d’une même espérance nationale.
Les ancêtres comme référence nationale et spirituelle
Pour composer La Dessalinienne, Justin Lhérisson s’inspirait des ancêtres, Amérindiens, Africains déportés et Saint-Dominguois, qui ont combattu l’esclavage et le colonisation. D’une part, l’hymne national – à la fois mystique, historique et identitaire – rappelle les souffrances endurées sous l’esclavage et les combats menés pour la liberté. D’autre part, il valorise le sacrifice de celles et ceux qui ont contribué à la naissance de la nation haïtienne. Les paroles expriment une volonté de résistance, de dignité et de fidélité à l’héritage des ancêtres.
Dans le premier couplet, les paroles intemporelles « Pour le pays, pour les ancêtres. Marchons unis, marchons unis » renvoient à une responsabilité collective, historique et symbolique envers la nation. Elles mettent en avant l’importance de l’unité nationale. Dans le contexte actuel, le pays en a besoin pour sa reconstruction. Celle-ci doit d’abord s’appuyer sur les compétences, les talents et les ressources humaines du pays. Cette démarche doit aussi rester ouverte aux amis sincères d’Haïti et à tous ceux qui entendent contribuer à son développement dans le respect de sa souveraineté.
Dans l’imaginaire collectif haïtien, les ancêtres occupent une place singulière. Ils incarnent le courage, le sacrifice et la quête de liberté. Pour beaucoup d’Haïtiens, les grandes victoires dans l’histoire nationale sont le fruit à la fois de l’action des hommes et des femmes, et d’un héritage spirituel et symbolique transmis de génération en génération.
Ainsi, « Pour le pays, pour les ancêtres. Marchons unis, marchons unis » demeurent bien plus que de simples paroles d’un couplet de l’hymne national. C’est un appel à la mémoire, à l’unité et à l’engagement citoyen au service de la nation haïtienne tout entière.

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