La frénésie bat déjà son plein. Les Haïtiennes et Haïtiens sont super mobilisés. En témoigne par exemple leur présence, le 2 juin 2026, au match amical d’Haïti contre la Nouvelle-Zélande (4-0). Leur admiration pour les Grenadiers est manifeste.
Cette deuxième participation historique de l’équipe nationale a suscité des scènes de liesse tant sur le territoire national qu’au sein de la diaspora. Les manifestations de joie ont encore démontré que les Haïtiennes et Haïtiens, en dépit de leurs divergences, sont capables de se rassembler lorsqu’il s’agit de soutenir la patrie commune.
Dans ce contexte, la question de l’unité nationale a toute sa place. Elle a d’ailleurs été soulevée à travers la mobilisation observée au sein de toutes les couches sociales du pays. Le cri retentissant, « Debloke peyi a! » (« Libérez le pays! »), lancé par les joueurs, semble ouvrir la voie à une dynamique. C’est un cri dont la résonance a été perceptible chez les musiciens, les artistes haïtiens ainsi que dans plusieurs autres secteurs de la société qui rêvent de retrouver la terre matricielle.
Espoir de panser les déchirures du tissu social
En fait, la qualification des Grenadiers, face au Costa Rica, à cette phase finale de Coupe du monde, représente une lueur d’espoir pour le peuple haïtien qui vit des moments particulièrement sombres. C’est dire que le football peut être appréhendé au-delà d’un simple jeu, d’un simple divertissement.
En effet, cette pratique sportive, comme tant d’autres, contribue également à forger un sentiment national dans des sociétés marquées par des divisions internes. Des États en font usage pour défendre des causes. Ce fut le cas à partir des années 1960 en Afrique.
En Haïti aussi, le football, dans le contexte de crise actuel, peut constituer un vecteur d’unité nationale, et contribuer au processus de construction politique et de production de sens social.
Depuis plusieurs années, la violence généralisée, l’insécurité et la criminalité des groupes armés fragilisent le tissu social. Ainsi, ces éléments compromettent le droit fondamental à la vie en Haïti. Face à cette situation, l’État est souvent critiqué pour sa complaisance ou son attitude irresponsable par rapport aux actes des groupes armés. En tout cas, il ne pose aucune action concrète et efficace pour garantir la sécurité publique et assurer le bien-être de la population, tel que l’exige la Constitution. Il y a lieu d’admettre qu’une situation pareille traduit une remise en cause d’un acquis constitutionnel fondamental.
Force est de constater que le football transcende les clivages socioculturels, économiques et politiques. Il peut constituer une tribune privilégiée pour la promotion de l’unité nationale, de la solidarité, de la cohésion sociale et du patriotisme. Dans notre société, profondément marquée par les déchirures du tissu social, le football est susceptible de jouer son rôle. Celui de rassembler, raviver l’espoir collectif et contribuer, même temporairement, à panser les blessures et refermer les fractures sociales.

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