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Maintenu dans l’assistance mortelle, Haïti se dégrade davantage. Il est peut-être temps de remplacer la « plantation de calebasses » par celle des institutions solides, de la responsabilité publique, de la bonne gouvernance, de la production nationale et de la confiance citoyenne. Retour sur cette proposition autour de la (re)fondation du pays.

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« Le 12 janvier a donné aux dirigeants haïtiens une raison d’augmenter leur plantation de calebasses », lâchait le professeur Jean Alix René, lors d’une conférence à Ganthier dans le contexte du dévastateur tremblement de terre de 2010. Puis, face à l’incompréhension du système d’assistance qui imaginait des actions en faveur du reboisement, le docteur en histoire ironisait : « On plantera des calebasses pour fabriquer davantage de récipients (‘’kwi‘’) destinés à mendier ». Une boutade mémorable en guise d’une critique sévère d’un mode de gouvernance fondé sur une dépendance systématique à l’aide internationale.

En effet, au-delà du vaste mouvement de solidarité internationale que provoquait une telle catastrophe humanitaire, celle-ci contribuait à renforcer une logique de recherche de financements extérieurs tendant parfois à se substituer à une véritable stratégie de développement national. Au lieu de renforcer les institutions publiques et les capacités nationales, cette situation a entretenu une culture de l’assistanat qui fragilise aujourd’hui encore l’action de l’État.

De fait, le pays passe de la solidarité d’urgence à la dépendance quasi-totale à long terme. Cette dépendance s’accompagne souvent de pratiques de mauvaise gouvernance. Une partie de l’aide internationale a parfois profité davantage à certains réseaux politico-économiques qu’à la population qu’elle était censée soutenir. En témoignent les controverses qui avaient éclaté dans les médias autour de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH). 

La mendicité politique, une question responsabilité publique

Le Code pénal haïtien sanctionne plusieurs formes de mendicité et d’oisiveté. Or, les dirigeants font de plus en plus d’Haïti un pays mendiant. Comment expliquer qu’un État puisse fonctionner suivant une logique de sollicitation permanente de l’aide extérieure sans que cette pratique indigne n’alimente un véritable débat sur la responsabilité des gouvernants?

Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause la coopération internationale. Celle-ci demeure indispensable notamment après les catastrophes naturelles. En revanche, lorsque l’aide extérieure devient un mode habituel de gouvernance, elle entretient une dépendance institutionnelle et retarde la mise en œuvre de politiques publiques fondées sur la mobilisation des ressources nationales, la création de richesses et le renforcement des capacités de l’État.

Ainsi, les controverses qui ont entouré la gestion des ressources mobilisées au lendemain du séisme de 2010 montrent que les difficultés sont liées à la gouvernance de l’aide internationale : peu de transparence, de reddition de comptes et d’efficacité dans l’utilisation de certains fonds destinés à la reconstruction. Sans préjuger de toutes les responsabilités, ces critiques invitent à réfléchir aux effets de la dépendance prolongée à cette aide.

La véritable question n’est donc pas celle de la mendicité au sens juridique, mais celle de l’assistanat politique. Un État ne peut construire à long terme son avenir en dépendant principalement des contributions extérieures. Une telle attitude risque d’affaiblir le lien de responsabilité entre les gouvernants et les citoyens. Contrairement à celle d’un État qui autofinance son développement de manière souveraine et qui rend des comptes aux contribuables. La fiscalité, la transparence budgétaire et le contrôle démocratique deviennent alors les fondements d’une gouvernance responsable.

La métaphore de la « plantation de calebasses » renvoie à la recherche de l’aide internationale et au risque de transformer cette aide exceptionnelle en mode ordinaire de gouvernement. Or, penser le développement en dépendant structurellement de cette « aide liée » se révèle un exercice contre-productif et un acte suicidaire. Tout compte fait, le remplacement de « la plantation de calebasses » constitue sans doute le seul investissement capable de produire des fruits durables pour Haïti et de rompre avec la culture de l’assistanat.

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    Cher Maestro, Le texte « Makout versus gangs armés » est une radiographie clinique d’une justesse implacable. En opposant la…

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