Après plus de deux années de fermeture, l’espace aérien entre Haïti et la République dominicaine (Rd) s’apprête à rouvrir. La date du 30 mai 2026 est désormais annoncée comme celle de la reprise officielle des liaisons commerciales entre les deux pays. Une nouvelle accueillie avec enthousiasme par les milieux économiques et les autorités haïtiennes. Mais derrière les sourires diplomatiques et les communiqués triomphalistes, moult questions restent pendantes.

Le 27 mai, la Junta de Aviación Civil (JAC) dominicaine a adopté une résolution autorisant à nouveau les vols en provenance d’Haïti. Dans un premier temps, les liaisons concernent principalement l’aéroport international du Cap-Haïtien. Le ministère haïtien des Affaires étrangères a immédiatement salué une décision qu’il présente comme une avancée.  La décision est accueillie favorablement pour les échanges commerciaux et la mobilité entre les deux États qui se partagent l’île.

Reprise stratégique mais asymétrique

Les conditions qui accompagnent cette réouverture révèlent une réalité moins reluisante. Le document ressemble davantage à une liste d’exigences adressées à la partie haïtienne qu’à un accord équilibré entre partenaires souverains. Les autorités de Port-au-Prince s’empressent de saluer une décision qui sert certes les intérêts des deux économies. Mais Santo Domingo semble dicter les modalités. 

Il s’agit d’une asymétrie de longue date. En effet, depuis plusieurs années, les relations entre les deux voisins sont marquées par un rapport de force dans lequel la Rd apparaît en position de force. Elle fixe les règles du jeu, tandis qu’Haïti, affaiblie par ses crises internes et téléguidées, se contente d’encaisser.

Le poids des crises à répétition

L’histoire récente des liaisons aériennes illustre parfaitement cette dynamique. En septembre 2023, l’administration de Luis Abinader avait ordonné la fermeture complète des frontières terrestres, maritimes et aériennes. Cette mesure venait en réaction au différend autour du canal d’irrigation construit par les Haïtiens sur la rivière Massacre.

Cette mesure, largement perçue comme un moyen de pression politique, visait à faire plier Port-au-Prince et les promoteurs du projet. Malgré les menaces et les sanctions annoncées, le chantier avait poursuivi son cours grâce à une forte mobilisation populaire. Quelques semaines plus tard, les restrictions étaient partiellement levées.

Pourtant, en mars 2024, une nouvelle suspension frappait les liaisons aériennes. Cette fois, au nom de la détérioration spectaculaire de la sécurité en Haïti. Les attaques armées contre l’aéroport Toussaint-Louverture et l’expansion des groupes criminels avaient alors servi de justification à une fermeture qui devait être temporaire mais durait plus de deux ans.

La nouvelle reprise annoncée a de quoi réjouir sans doute les voyageurs, les commerçants et les investisseurs. Toutefois, elle rappelle également une vérité : Haïti s’enlise dans sa posture de « petit joueur ». Et elle continuera à négocier en position de faiblesse, dépendante des décisions prises de l’autre côté de la frontière. Tant qu’elle ne retrouve pas sa stabilité institutionnelle et sa capacité à garantir la sécurité de son territoire.

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