2–3 minutes
464 mots

Après plus de deux années de fermeture, l’espace aérien entre Haïti et la République dominicaine (Rd) s’apprête à rouvrir. La date du 30 mai 2026 est désormais annoncée comme celle de la reprise officielle des liaisons commerciales entre les deux pays.

Avatar de Dieudonné Joachim

Après plus de deux années de fermeture, l’espace aérien entre Haïti et la République dominicaine (Rd) s’apprête à rouvrir. La date du 30 mai 2026 est désormais annoncée comme celle de la reprise officielle des liaisons commerciales entre les deux pays. Une nouvelle accueillie avec enthousiasme par les milieux économiques et les autorités haïtiennes. Mais derrière les sourires diplomatiques et les communiqués triomphalistes, moult questions restent pendantes.

Le 27 mai, la Junta de Aviación Civil (JAC) dominicaine a adopté une résolution autorisant à nouveau les vols en provenance d’Haïti. Dans un premier temps, les liaisons concernent principalement l’aéroport international du Cap-Haïtien. Le ministère haïtien des Affaires étrangères a immédiatement salué une décision qu’il présente comme une avancée.  La décision est accueillie favorablement pour les échanges commerciaux et la mobilité entre les deux États qui se partagent l’île.

Reprise stratégique mais asymétrique

Les conditions qui accompagnent cette réouverture révèlent une réalité moins reluisante. Le document ressemble davantage à une liste d’exigences adressées à la partie haïtienne qu’à un accord équilibré entre partenaires souverains. Les autorités de Port-au-Prince s’empressent de saluer une décision qui sert certes les intérêts des deux économies. Mais Santo Domingo semble dicter les modalités. 

Il s’agit d’une asymétrie de longue date. En effet, depuis plusieurs années, les relations entre les deux voisins sont marquées par un rapport de force dans lequel la Rd apparaît en position de force. Elle fixe les règles du jeu, tandis qu’Haïti, affaiblie par ses crises internes et téléguidées, se contente d’encaisser.

Le poids des crises à répétition

L’histoire récente des liaisons aériennes illustre parfaitement cette dynamique. En septembre 2023, l’administration de Luis Abinader avait ordonné la fermeture complète des frontières terrestres, maritimes et aériennes. Cette mesure venait en réaction au différend autour du canal d’irrigation construit par les Haïtiens sur la rivière Massacre.

Cette mesure, largement perçue comme un moyen de pression politique, visait à faire plier Port-au-Prince et les promoteurs du projet. Malgré les menaces et les sanctions annoncées, le chantier avait poursuivi son cours grâce à une forte mobilisation populaire. Quelques semaines plus tard, les restrictions étaient partiellement levées.

Pourtant, en mars 2024, une nouvelle suspension frappait les liaisons aériennes. Cette fois, au nom de la détérioration spectaculaire de la sécurité en Haïti. Les attaques armées contre l’aéroport Toussaint-Louverture et l’expansion des groupes criminels avaient alors servi de justification à une fermeture qui devait être temporaire mais durait plus de deux ans.

La nouvelle reprise annoncée a de quoi réjouir sans doute les voyageurs, les commerçants et les investisseurs. Toutefois, elle rappelle également une vérité : Haïti s’enlise dans sa posture de « petit joueur ». Et elle continuera à négocier en position de faiblesse, dépendante des décisions prises de l’autre côté de la frontière. Tant qu’elle ne retrouve pas sa stabilité institutionnelle et sa capacité à garantir la sécurité de son territoire.

Merci de commenter

Lire les commentaires

COMMENTAIRES DES LECTEURS ET LECTRICES

  1. Avatar de Nouvayti
  2. Avatar de Erno Renoncourt
  3. Avatar de Inconnu
  4. Avatar de Nouvayti
  5. Avatar de Inconnu
  6. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Le texte « Makout versus gangs armés » est une radiographie clinique d’une justesse implacable. En opposant la…

  7. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Je tiens à te féliciter chaleureusement pour ton brillant article. Ton analyse est d’une lucidité remarquable et pose…

🚫Nouvayti bannit la fausse nouvelle (fake news), la désinformation, la diffamation, les discriminations, le racisme (lié à la couleur de peau, à l’origine ethnique, à la religion, etc.), l’incitation à la haine et à la violence sous toutes les formes.
Notre ligne de conduite est claire et précise.


Affaire Orélien : ignorance ou malhonnêteté intellectuelle?

Clou de l’affaire Orélien. Les Éditions du Boréal ont annoncé, dans un communiqué, le 21 octobre 2026, la fin de leur relation avec l’auteur de « C’était ça ou mourir ». Pour nous, qui commentons cette affaire de plagiat et d’usage d’intelligence artificielle, le principe de probité doit primer…

Lire

Les États-Unis accusent le Canada d’ingérence, mais s’ingèrent dans les affaires d’un tas de pays

Deux poids, deux mesures dans les discours et actions des diplomates des États-Unis. Les autorités étasuniennes n’acceptent pas l’ingérence dans leur vie politique, pourtant elles s’immiscent en profondeur dans les affaires internes de beaucoup d’autres pays. Au nom de la raison du plus fort.

Lire

Restituer la mémoire et réactualiser l’idéal de Dessalines

Après l’assissanat de Jean-Jacques Dessalines en 1806, personne n’avait le droit de prononcer son nom pendant quarante ans. Par ce processus d’effacement de sa mémoire, l’Occident colonial voulait mettre en déroute la Révolution de 1791-1804. Survol historique pour réactualiser l’idéal du père fondateur de la nation haïtienne au prisme d’un regard décolonial.

Lire

Ils veulent le statu quo, vous pouvez agir!

Il faut sans cesse remuer le couteau dans la plaie pour casser le moule du système pourri qu’ils veulent maintenir… Et ranimer, si possible, la conscience sur toutes les erreurs du passé à ne plus répéter. Telle une fatalité, une malédiction, une guigne pour Haïti…

Lire

Bank of America dans la tourmente

Bank of America essuie 1,2 milliard de dollars d’amendes pour violations graves des lois anti‑blanchiment et des sanctions des États-Unis. Une correction historique qui fragilise sa gouvernance, alourdit ses coûts de conformité et place la banque sous surveillance renforcée.

Lire

La Russie contre l’ingérence étasunienne en Haïti

À l’initiative des États-Unis, soutenus par le Panama, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté (avec 14 voix pour, 1 abstention), mercredi 14 octobre 2026, une résolution qui reconduit le régime de sanctions contre Haïti. La Russie s’est abstenue, dénonçant l’ingérence politique dans ce pays caribéen sous contrôle étasunien.

Lire

Haïti : énième rapport de l’ONU et les « commanditaires de gang »

L’Organisation des Nations Unies (ONU) ne lâche pas une partie de la classe politique haïtienne souvent reprochée d’implication dans le gangstérisme en Haïti. Une fois encore, les noms d’anciens sénateurs et députés, d’élus locaux (maires), de hauts gradés de la Police ainsi que de policiers sont cités dans un énième rapport onusien. Et après?

Lire

Un problème est survenu. Veuillez actualiser la page et/ou essayer à nouveau.

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture