Le soin avec lequel ce secteur dit « privé » s’empresse de définir ce concept, pour y inclure également les paysans, les professions libérales, le secteur informel, est révélateur d’un non-dit. Comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, personne ne peut prétendre posséder l’unique vérité.
La récente intervention de Richard Coles lors d’une conférence-débat tenue le 6 août 2026 à l’Université Quisqueya témoigne d’un mal-être que l’homme d’affaires a du mal à dissimuler. Durant les échanges, l’assistance a éprouvé des difficultés à comprendre la démarche des représentants de notre cher secteur privé. Accordons-lui toutefois le bénéfice du doute. Mais d’abord et avant tout, qui est Richard Coles?
Homme d’affaires à succès, industriel de son état et PDG du Groupe Coles : les titres ne manquent pas pour qualifier Richard Coles. Ce qui paraît plus complexe, c’est sa transition de chef d’entreprise à représentant du secteur privé, jusqu’à devenir l’instigateur ou le promoteur d’une stratégie nationale. Cette initiative, dénommée Ayiti 2055, est devenue le dada de l’homme d’affaires, qui dit d’ailleurs avoir déjà consulté divers secteurs de la vie nationale.
Mea culpa controversé
Son aveu d’échec collectif lors d’une interview accordée à Haïti Inter a fait des émules. Il a résumé la situation d’une phrase explosive :
« Nous avons tous échoué. ».- Richard Coles
Un fait plutôt rare pour un membre de la classe possédante qui va droit au but. Mais son « nous », probablement pensé comme inclusif, a suscité de vives discussions et un rejet marqué dans divers pans de la société haïtienne. Depuis, Coles s’est fixé une priorité qui se démarque du lot.
Richard Coles présente Ayiti 2055 comme une vision sur 30 ans et appelle à un nouveau départ collectif. Ainsi, en 2026, le patron d’entreprise parle davantage de ce plan que de vêtements ou d’exportations. Par ailleurs, il propose un nouveau pacte de gouvernance : un contrat clair entre l’État et le secteur privé; le paiement rigoureux des impôts et le respect des lois en échange de services publics efficients. Sans doute, ce ne sera pas son projet qui changera la nature de son secteur ou coupera l’appétit de gain (toute sorte) de ses collègues capitalistes haïtiens.
La conférence, articulée autour du thème « Secteur privé et gouvernance politique en Haïti : opportunités, possibilités et limites », a donné lieu à des échanges agités, notamment sur l’existence de projets passés qui n’ont jamais été menés à terme. L’ingénieur-architecte Henri-Claude Poitevien – qui connaît le Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH 2012-2030) – s’est adressé directement à Richard Coles pour lui demander ce qu’on reprochait à ce document. La réponse de l’homme d’affaires s’est révélée pour le moins évasive. Il s’est surtout contenté d’inviter son interlocuteur à rejoindre son équipe pour poursuivre et améliorer le travail engagé autour de son Ayiti 2055.
En fin de compte, Coles a lui-même avoué son étonnement face au nombre excessif (des centaines) de plans entassés dans les archives du Fonds Monétaire International (FMI). L’institution de Bretton Woods tient un registre régulièrement mis à jour dans ce domaine. C’est le moins qu’on puisse dire.

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