Des compatriotes, amoureux fous d’Haïti, expriment leur foi en la renaissance du pays. Basant leur argumentaire sur la mutation naturelle des peuples, sur la dynamique évolutive des sociétés. Sans recourir, pour autant, aux données exactes, précises, réelles de l’effondrement des quartiers, zones plongées dans les ténèbres des bandits légaux, gangs armés à cravate et à savates. Certains d’entre eux se retrouvent en exil forcé ou obligé à l’extérieur. Et d’autres fonctionnent, tant bien que mal, terrés dans les espaces plus ou moins protégés de la détresse, de la catastrophe des rues, quartiers ou les mauvaises herbes humaines, végétales poussent drues. Comme si ceux-là étaient ravagés par une guerre!

Parallèlement, ceux qui palpent la réalité quotidienne à mains nues, les yeux écarquillés, l’âme en peine, fondent également leur espoir mais sur d’autres paramètres. Ils ont la conscience bien éveillée sur la mort de certains peuples, de certaines civilisations, en tenant compte de l’histoire du monde. 

Des milliers de personnes déplacées à Port-au-Prince.

D’un lieu à un autre! Ils sont traversés par une même angoisse avec une perception de la réalité bien différente. Et c’est compréhensible!

Dans les deux cas de figure, il y a une équation à résoudre, une décision à prendre, un pas à faire. Obligatoirement! Pour cette renaissance, il faut panser, guérir tout ce qui pourrait encore saigner : la mémoire des lieux, le regret des reliques, des habitudes… Il faut savoir que faire des débris, fatras, maisons abandonnées, incendiées, pillées, des rues défoncées, regorgées de flaques d’eau stagnante, puante, d’égouts ensablés et à ciel ouvert… Comment renaître de ses cendres sans ouvrir les veines d’un autre traumatisme plus grand?

Des compatriotes à la Carifest à Calgary. Toute la diaspora haïtienne doit contribuer à la reconstruction nationale.

Tout raser

Arrêtons cette description catastrophique, hitchcockienne pour aller droit au but et faire un traitement par choc! Pour toute reprise de vie régulière, normale dans ces quartiers et zones dévastées, il faut faire table rase, tout raser, démolir, aplanir le terrain… Comme s’il était question de labourer un champ pour une nouvelle plantation, une nouvelle semence, une nouvelle récolte. Ne rien laisser debout pouvant gêner le plan de reconstruction nationale… Ce ne sont plus des murs fissurés à replâtrer, à rafistoler comme au temps du séisme du 12 janvier 2010! Ce sont des plaies béantes, géantes qui gangrènent tous les quartiers et zones touchées par ce cancer.

Pire encore, il n’existe presque plus de cellules saines! Les effluves et les émanations, dans leur désertion et leur déplacement, impriment de mauvaises orientations aux espaces qui, malgré eux, les accueillent. La configuration de certains quartiers et zones de l’aire métropolitaine et de villes de province est dégradée par une débrouillardise mercantile grimpante, rampante. Plus de quartiers faussement résidentiels et commerciaux. Une surpopulation, vaste capharnaüm, avec son cortège de misère, malheur, nuisance…

Il faut faire table rase, tout raser, démolir, aplanir le terrain… Photo prise à Moron, Haïti.

Nous nous gardons de parler d’un mal pour le bien d’une urbanisation comme le veulent les Blancs. Puisque cela ne répond jamais à notre goût de peuple festif, chaleureux, convivial, habitué au « Lakou », à la famille élargie, au bon voisinage… Mais il y a un besoin urgent d’ordre, de sécurité, de propreté, d’aménagement du territoire qui doit bousculer les mauvaises mœurs, les vieilles traditions, habitudes… Qui puisse nous protéger de la répétition des actes manqués, des négligences coupables!


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