Deux conceptions différentes du service public sont mises en lumière ici. Celle de ce pays africain, au pas avec la digitalisation massive, est tournée vers l’efficacité et la transparence. À l’inverse, celle de son frère caraïbéen se caractérise encore par des dysfonctionnements structurels.
Comparaison n’est pas raison, mais cela en vaut parfois la peine. Celle-ci relève de la technologie numérique, et elle a aussi une portée politique, économique et sociale.
Le modèle béninois au service du citoyen
L’État béninois, favorable à un service public mis à jour, transparent et performant, a procédé à une intervention chirurgicale au sein de l’administration publique. En moins d’une décennie, plus de 250 services publics ont été dématérialisés.
Aujourd’hui, grâce à la plateforme de l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP), divers documents (acte de naissance, certificat de mariage ou de résidence, permis de construire, visa électronique, etc.) sont accessibles en ligne. Le portail national des services publics centralise quant à lui les démarches administratives les plus courantes.
L’une des performances les plus remarquées reste la création d’entreprise en ligne, en moins de 24 heures et « en quelques clics » via la plateforme Mon Entreprise. D’importants autres documents peuvent être obtenus dans des délais variant généralement entre 24 et 72 heures.
En termes d’effets majeurs, la transformation numérique a permis de :
- diminuer de manière considérable les risques de corruption, souvent favorisée plus aisément lors des contacts physiques;
- mettre fin aux longues files d’attente à cause de l’inefficacité administrative;
- instaurer une meilleure traçabilité des dossiers, les citoyens pouvant ainsi suivre l’évolution de leurs demandes en temps réel;
- renforcer l’attractivité économique du pays en facilitant l’investissement et l’entrepreneuriat.
Une telle dynamique fait défaut en Haïti où les opérations de racket ou l’usage des circuits parallèles d’obtention de documents officiels demeurent monnaie courante.
Haïti a du retard à combler
Le cas haïtien est préoccupant en 2026. Obtenir un document administratif, par exemple un passeport, consiste à affronter toute une paperasserie. De nombreux citoyens dénoncent encore des délais excessifs, des procédures complexes et des pratiques informelles devenues presque systémiques.
Des intermédiaires, souvent appelés « démarcheurs » ou « racketteurs » (à ne pas confondre avec les adeptes de la raquette), continuent de graviter autour des institutions publiques comme les Archives nationales, l’Office national d’identification ainsi que la direction de l’Immigration et de l’Émigration. Ces acteurs proposent d’accélérer les procédures moyennant des sommes parfois élevées, créant ainsi un système parallèle qui contourne les voies légales.
Cette situation engendre une double injustice. Elle pénalise les citoyens les plus modestes, incapables de supporter ces coûts officieux. Et elle affaiblit aussi la confiance envers les institutions publiques, car elle laisse comprendre que l’accès à un droit dépend davantage de la capacité à payer que du respect des procédures.
Entrepreneurs, étudiants, voyageurs et professionnels voient souvent leurs projets ralentis par des démarches longues et imprévisibles. En conséquence, cela participe à l’aggravation de la situation socioéconomique.
Le numérique comme outil de gouvernance
Bien qu’il ne règle pas tous les problèmes, le numérique représente un puissant outil de gouvernance. Il peut agir comme un antidote aux pratiques administratives malsaines. L’expérience béninoise, comme celle de plusieurs autres pays dans ce domaine, démontre clairement qu’une administration publique numérique constitue bien plus qu’une simple modernisation technique. Haïti devrait s’en inspirer.
En effet, pour une administration efficace reposant sur la transparence, la simplicité et l’accessibilité, le pays devra appliquer une stratégie de digitalisation. Il peut la réussir grâce à son potentiel humain local et à sa diaspora qualifiée. Le succès du virage numérique aidera sans doute à restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions, à reconstruire durablement le lien entre la population et l’État. Cela dit, l’enjeu dépasse la simple délivrance de documents en ligne…

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