Des chefs d’État, des universitaires, des chercheurs, des représentants de la société civile et des membres de la diaspora africaine ont revisité la traite négrière transatlantique, l’une des plus grandes tragédies de l’histoire humaine. Cette rencontre s’inscrivait dans une dynamique mondiale, marquée par les revendications croissantes en faveur des réparations, de la justice historique et de la reconnaissance des crimes de l’esclavage.
C’est important pour l’ensemble des peuples déracinés, des royaumes affaiblis, des cultures fragmentées et des générations privées de leur avenir.

La traite négrière a causé le déracinement de 15 à 20 millions d’Africains, séquestrés et trainés de force dans les Amériques et les Caraïbes. L’origine du peuple haïtien remonte à cette vague de déportation. Les ancêtres vivaient avant cette traite dans les régions correspondant aujourd’hui au Ghana, au Bénin, au Togo, au Nigeria, au Congo et à l’Angola.
La Ghana au cœur des revendications pour la justice réparatrice
Le choix du Ghana d’accueillir cette rencontre revêt d’une portée symbolique exceptionnelle. Les forts d’Elmina et de Cape Coast figurent parmi les plus puissants lieux de mémoire de la traite négrière. Ces murailles rappellent encore aujourd’hui le départ forcé de centaines de milliers d’Africains vers les Amériques. De plus, le Ghana confirme encore une fois sa volonté de devenir un pont entre l’Afrique et ses descendants dispersés à travers le monde.
La rencontre d’Accra rappelle une vérité fondamentale : la mémoire n’est pas seulement un devoir, mais aussi un instrument de puissance. Les peuples qui maîtrisent leur histoire renforcent leur capacité à construire leur avenir.

De nos jours, les débats sur les réparations, la restitution des patrimoines africains et la coopération entre l’Afrique et sa diaspora sont devenus des enjeux géopolitiques majeurs. L’Afrique avance pour la justice réparatrice. Au premier chef, le Ghana s’engage à montrer la voie et les Afro-descendants se mobilisent.
Haïti n’est pas à la hauteur aujourd’hui…
Pour sa part, Haïti brille par son absence qui ne peut être considérée comme un simple détail diplomatique ou géopolitique. Ce manquement interpelle directement la conscience collective du monde noir puisque la première Nation noire libre et indépendante du monde a une place majeure dans l’histoire de l’abolition de l’esclavage.
En 1804, après treize années d’une lutte héroïque, les anciens esclaves de Saint-Domingue réalisèrent l’impensable en mettant en déroute la France, l’une des puissances coloniales de l’époque, et recouvrèrent la liberté. La Révolution haïtienne fut ainsi une victoire africaine sur le sol des Amériques. Elle inspira les mouvements abolitionnistes, fragilisa le système esclavagiste et ouvrit la voie aux luttes anticoloniales à travers le monde.
L’absence d’Haïti à Accra intervient quelques mois seulement après celle observée lors des discussions internationales du 25 mars 2026 aux Nations Unies consacrées à la mémoire de l’esclavage et aux réparations historiques. Ce jour-là, l’Assemblée générale adoptait une résolution historique reconnaissant la traite transatlantique des Africains comme l’un des crimes les plus graves commis contre l’humanité.
Comment comprendre l’absence de la nation haïtienne à ces rendez-vous majeurs? Comment parler de résistance africaine et afro-descendante sans la voix du peuple qui a transformé la servitude en liberté et l’oppression en indépendance?
Haïti devait rejoindre l’Afrique qui défend sa mémoire, sa dignité et sa justice. Son absence laisse un vide inadmissible que l’Histoire retiendra. Symbole de dignité vu son passé héroïque, le pays se montre pourtant de moins en moins à la hauteur des grands enjeux du temps présent et du futur.

Laisser un commentaire