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Place de la jeunesse, engagement citoyen et transmission de la mémoire historique…. Plusieurs intellectuels, professionnels et autres acteurs de la société civile en ont discuté, lors des échanges, au Cap-Haïtien, autour du thème « Bwa Kayiman : rasin libète, chemen lavni ». Que reste-t-il de l’esprit de Bois-Caïman? Qu’en est-il de la souveraineté nationale?

Avatar de Rodady Gustave

Moment majeur de réappropriation d’un patrimoine symbolique, historique et culturel, la cérémonie du Bois-Caïman représente l’un des symboles de la rupture avec l’ordre colonial. Plus qu’un épisode du passé, elle rappelle la volonté des esclaves de conquérir leur liberté et renvoie à la question de la capacité d’un peuple à se reconnaître comme sujet de sa propre histoire. Elle a offert aux insurgés un espace symbolique de rassemblement autour d’une aspiration commune : mettre fin à un système fondé sur l’asservissement et la négation de leur humanité. Ce moment fondateur conduira à la révolution haïtienne et à l’indépendance de 1804. 

La portée de la cérémonie du 14 août 1791 dépasse ainsi sa dimension de rituel religieux ou historique. Plus de deux siècles plus tard, elle touche à la question de l’identité collective et à la construction d’un projet politique fondé sur la liberté, la dignité et la souveraineté. 

Paradoxe de la souveraineté

Lors d’une conférence, le 12 août 2026, à l’initiative du Collectif « Kenbe Kapòw », dans le cadre de la Journée internationale de la jeunesse, l’ancienne ministre des Affaires étrangères Dominique Dupuy a invité les Haïtiens à retrouver l’esprit d’unité et de résistance associé à Bois-Caïman. Cet appel qui prend une résonance particulière est lancé dans un contexte marqué par la fragilité de l’État, les ingérences extérieures et la crise du projet de souveraineté nationale. Comment invoquer aujourd’hui l’héritage d’un événement associé à la résistance à la domination et à la conquête de la liberté dans un pays dont les décisions politiques sont encore fortement influencées par des acteurs internationaux? Cette question interpelle plus largement les élites dirigeantes haïtiennes et leur rapport aux puissances étrangères. 

Au fil des crises politiques, Haïti a connu différentes formes d’intervention et d’accompagnement international. Par exemple, le Core Group est devenu l’un des acteurs les plus controversés de cette influence extérieure sur la vie politique haïtienne. Le problème n’est pas nécessairement l’existence de partenariats internationaux; un État peut coopérer avec d’autres États et organisations sans renoncer à sa souveraineté. Cependant, lorsque des dirigeants nationaux contribuent, volontairement ou non, à rendre possible l’intervention d’acteurs extérieurs dans les affaires internes du pays, ils constituent alors une aide précieuse pour ces gens de pays étrangers dont l’influence finit par réduire l’espace de décision nationale comme une peau de chagrin. D’où l’expression « Pote kolmann nan rara » pour désigner une personne dont l’action ne consiste qu’à éclairer le chemin des participants à une procession de rara. 

Renouer avec le projet de souveraineté et d’identité

Au-delà de célébrer uniquement un moment historique, il faut surtout transformer sa mémoire en conscience, sa conscience en mobilisation et sa mobilisation en projet national. Car si Bois-Caïman fut hier un symbole de la conquête de la liberté, il appartient à la génération actuelle d’en faire un symbole de la reconquête de la souveraineté et de l’identité haïtienne inachevée.

La souveraineté suppose que le peuple et ses institutions demeurent capables de définir eux-mêmes les grandes orientations de leur avenir. Plus qu’un discours politique, elle doit se traduire par des institutions solides, une économie capable de réduire la dépendance, une éducation de qualité, une justice fonctionnelle et une véritable participation citoyenne. La nouvelle génération haïtienne est ainsi appelée à répondre à la question suivante : quel pays veut-elle construire et quelle place souhaite-t-elle occuper dans le concert des nations? La jeunesse doit occuper une place centrale dans cette réflexion.

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COMMENTAIRES DES LECTEURS ET LECTRICES

  1. Avatar de Inconnu
  2. Avatar de Nouvayti
  3. Avatar de Inconnu
  4. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Le texte « Makout versus gangs armés » est une radiographie clinique d’une justesse implacable. En opposant la…

  5. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Je tiens à te féliciter chaleureusement pour ton brillant article. Ton analyse est d’une lucidité remarquable et pose…

  6. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro Je tiens à te féliciter chaleureusement pour la puissance, la justesse et la profondeur de ton texte. À…

  7. Avatar de Erno Renoncourt

    Point besoin d’avoir un diplôme de Havard University en fiscalité et gouvernance des entreprises pour savoir que ce n’est qu’une…

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