Le procès autour de l’assassinat du président Jovenel Moïse devant la justice de Floride (États-Unis) constitue un événement intéressant. Celui-ci peut susciter la réflexion en sciences politiques, juridiques et en relations internationales.

À bien comprendre, cette affaire dépasse le cadre d’un simple crime politique et soulève des questions fondamentales embrassant à la fois la souveraineté judiciaire d’Haïti et la coopération internationale. Elle permet aussi de questionner le choix de confier le dossier au Tribunal fédéral de Floride, dont le système diffère de celui d’Haïti en termes de familles juridiques. Constat? Les limites des institutions haïtiennes, surtout lorsqu’il s’agit d’un crime à caractère transnational, ont été mises en lumière.

L’assassinat de Jovenel Moïse, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 chez lui à Pèlerin 5, présente une complexité particulière. Cette complexité est inhérente à l’implication présumée de ressortissants étrangers, de la conception jusqu’à la matérialisation de l’acte crapuleux. À l’époque, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Claude Joseph, avait qualifié ce crime de « crime international ». Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre Ariel Henry avait insisté sur la nécessité d’une entraide judiciaire entre Haïti et les États-Unis afin de faire avancer l’enquête.

Dans cette perspective, la justice floridienne a joué un rôle central dans le traitement du dossier. Le 8 mai 2026, un tribunal de Miami a reconnu coupables quatre accusés : Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, James Solages et Walter Veintemilla. Ces derniers auraient participé au recrutement de mercenaires chargés de l’assassinat du président haïtien. Cette décision démontre la capacité des juridictions étatsuniennes à poursuivre des crimes ayant des ramifications internationales, c’est-à-dire lorsque des citoyens des États-Unis y sont impliqués ou leurs intérêts sont menacés.

Ce procès agite surtout la question d’une perte progressive de souveraineté judiciaire pour l’État haïtien. Bien que la coopération internationale soit nécessaire dans ce type d’affaires, il demeure essentiel que la justice haïtienne conserve son rôle principal dans la recherche de la vérité et la poursuite des responsables dans le cas du défunt Moïse. Or, près de cinq ans après le crime, l’instruction judiciaire en Haïti n’est toujours pas achevée. Cette lenteur apparemment voulue justifie-t-elle la perte de la souveraineté judiciaire haïtienne? Ouvre-t-elle la voie à une intervention accrue des juridictions étrangères?

À bien des égards, le procès de Miami ne remplace pas celui de la justice haïtienne. Il constitue plutôt l’illustration des conséquences d’une souveraineté judiciaire affaiblie dans un contexte de crise institutionnelle profonde en Haïti.

En savoir plus sur Nouvayti

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture