2–3 minutes
539 mots

Le Bénin a réduit le nombre de ses partis politiques pour renforcer le contrôle démocratique, conduisant à une situation où deux partis dominent le Parlement. En revanche, Haïti, avec 320 partis, perd le contrôle et fait face à des défis électoraux majeurs, illustrant un effondrement démocratique. Les deux pays affrontent des excès opposés de régulation.

Avatar de Amos Cincir

Pour mieux structurer son régime démocratique, le Bénin est passé de près de 300 partis politiques dans les années 1990 à une liste significativement réduite aujourd’hui. Par contre, en Haïti où l’État est démantibulé, 320 partis politiques ont été enregistrés en mars 2026 en vue des élections dont la réalisation demeure incertaine cette année.  

Dans ces conditions, une même question s’impose : à quel moment la démocratie cesse-t-elle d’être un système fonctionnel pour devenir un simple décor? 

Bénin : la démocratie sous contrôle… jusqu’à l’excès 

Face à l’explosion de partis politiques comme reflet d’un pluralisme issu de la Conférence nationale, l’État béninois a progressivement imposé une logique de rationalisation politique. Les réformes majeures (2018–2025) ont introduit des critères stricts de représentativité, un seuil électoral élevé (20 %), des exigences administratives renforcées et une discipline partisane rigide. 

Le paysage politique est devenu ultra-concentré. Pour les législatives de 2026, seulement deux partis disposent de sièges au Parlement béninois. Il s’agit de l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R) avec 60 sièges et le Bloc Républicain (BR) avec 49 sièges. Tandis que l’opposition en compte 0. 

Sous la présidence de Patrice Talon, le pays a opéré une mutation radicale avec moins de partis politiques, plus de contrôle… mais moins de pluralisme réel. Le paradoxe béninois est limpide par une démocratie organisée au point de devenir verrouillée. Dans la pratique, beaucoup existent juridiquement, mais très peu existent politiquement. 

L’ex-président du Bénin Patrice Talon lors des élections en 2026. Photo : Présidence du Bénin

Haïti : la démocratie diluée dans l’excès et les urnes contre les armes

En Haïti, le cycle électoral est connu depuis les premières élections plus ou moins libres et démocratiques de 1990 : contestations, crises politiques interminables, interventions étrangères, ingérence de tutelle, redémarrages… puis ruptures. L’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 marque un basculement vers la fin de ce cycle et le début d’un nouveau vide institutionnel. 

Organiser des élections en 2026 revient à installer des bureaux de vote dans des territoires occupés par les groupes civils armés. Or, à Port-au-Prince, environ 90 % des zones échappent au contrôle étatique, avec plus d’un million de déplacés internes. Des coalitions de bandits armés comme « Viv Ansanm » structurent mieux le territoire que cet État dépassé. La question électorale devient alors absurde. 

Le système politique haïtien se renouvelle peu. Il recycle au contraire les mêmes entrepreneurs politiques depuis plusieurs décennies. Certains sont contestés, d’autres sont sanctionnés par la communauté internationale pour corruption et des liens présumés avec des criminels.  L’alternance reste problématique et le recyclage est une industrie. 

320 partis politiques enregistrés en 2026 en Haïti. Photo : Conseil électoral provisoire

Le nombre élevé de partis politiques haïtiens traduit l’effondrement de toute régulation. 

Entre l’ordre et le vide 

La différence entre le Bénin et Haïti est frappante en ce qui a trait au système politique, au contrôle de l’État, au pluralisme et à l’organisation des élections. 

* Les plus récentes élections, celles qui ont conduit Jovenel Moïse au pouvoir, datent de 2016.

Au Bénin, le problème de l’instabilité politique est résolu relativement en comprimant la démocratie. Tandis que l’État haïtien est pratiquement dissous. Ce sont deux excès opposés : trop de contrôle tue la compétition électorale et trop de liberté sans régulation détruit le système démocratique. Dans son cas, Haïti s’enfonce dans une post-démocratie : multitude de partis sans électeurs, les élections sans scrutin, l’État sans territoire, zéro consensus et une illusion rentable.

Merci de commenter

Lire les commentaires

COMMENTAIRES DES LECTEURS ET LECTRICES

  1. Avatar de Erno Renoncourt
  2. Avatar de Nouvayti
  3. Avatar de Erno Renoncourt
  4. Avatar de Inconnu
  5. Avatar de Nouvayti
  6. Avatar de Inconnu
  7. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Le texte « Makout versus gangs armés » est une radiographie clinique d’une justesse implacable. En opposant la…

🚫Nouvayti bannit la fausse nouvelle (fake news), la désinformation, la diffamation, les discriminations, le racisme (lié à la couleur de peau, à l’origine ethnique, à la religion, etc.), l’incitation à la haine et à la violence sous toutes les formes.
Notre ligne de conduite est claire et précise.


Affaire Orélien : ignorance ou malhonnêteté intellectuelle?

Clou de l’affaire Orélien. Les Éditions du Boréal ont annoncé, dans un communiqué, le 21 octobre 2026, la fin de leur relation avec l’auteur de « C’était ça ou mourir ». Pour nous, qui commentons cette affaire de plagiat et d’usage d’intelligence artificielle, le principe de probité doit primer…

Lire

Les États-Unis accusent le Canada d’ingérence, mais s’ingèrent dans les affaires d’un tas de pays

Deux poids, deux mesures dans les discours et actions des diplomates des États-Unis. Les autorités étasuniennes n’acceptent pas l’ingérence dans leur vie politique, pourtant elles s’immiscent en profondeur dans les affaires internes de beaucoup d’autres pays. Au nom de la raison du plus fort.

Lire

Restituer la mémoire et réactualiser l’idéal de Dessalines

Après l’assissanat de Jean-Jacques Dessalines en 1806, personne n’avait le droit de prononcer son nom pendant quarante ans. Par ce processus d’effacement de sa mémoire, l’Occident colonial voulait mettre en déroute la Révolution de 1791-1804. Survol historique pour réactualiser l’idéal du père fondateur de la nation haïtienne au prisme d’un regard décolonial.

Lire

Ils veulent le statu quo, vous pouvez agir!

Il faut sans cesse remuer le couteau dans la plaie pour casser le moule du système pourri qu’ils veulent maintenir… Et ranimer, si possible, la conscience sur toutes les erreurs du passé à ne plus répéter. Telle une fatalité, une malédiction, une guigne pour Haïti…

Lire

Bank of America dans la tourmente

Bank of America essuie 1,2 milliard de dollars d’amendes pour violations graves des lois anti‑blanchiment et des sanctions des États-Unis. Une correction historique qui fragilise sa gouvernance, alourdit ses coûts de conformité et place la banque sous surveillance renforcée.

Lire

La Russie contre l’ingérence étasunienne en Haïti

À l’initiative des États-Unis, soutenus par le Panama, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté (avec 14 voix pour, 1 abstention), mercredi 14 octobre 2026, une résolution qui reconduit le régime de sanctions contre Haïti. La Russie s’est abstenue, dénonçant l’ingérence politique dans ce pays caribéen sous contrôle étasunien.

Lire

Haïti : énième rapport de l’ONU et les « commanditaires de gang »

L’Organisation des Nations Unies (ONU) ne lâche pas une partie de la classe politique haïtienne souvent reprochée d’implication dans le gangstérisme en Haïti. Une fois encore, les noms d’anciens sénateurs et députés, d’élus locaux (maires), de hauts gradés de la Police ainsi que de policiers sont cités dans un énième rapport onusien. Et après?

Lire

Un problème est survenu. Veuillez actualiser la page et/ou essayer à nouveau.

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture