2–3 minutes
484 mots

Peu d’Haïtiens et d’Haïtiennes croient encore que les juges du pays rendront justice dans le procès de l’assassinat du président Jovenel Moïse. L’espoir s’est déplacé vers les tribunaux étasuniens. Ce simple constat est accablant. Il sonne comme un aveu collectif de faillite du système judiciaire haïtien. Pendant que la machine judiciaire haïtienne s’enlise, aux États-Unis…

Avatar de Dieudonné Joachim

Peu d’Haïtiens et d’Haïtiennes croient encore que les juges du pays rendront justice dans le procès de l’assassinat du président Jovenel Moïse. L’espoir s’est déplacé vers les tribunaux étasuniens. Ce simple constat est accablant. Il sonne comme un aveu collectif de faillite du système judiciaire haïtien.

Pendant que la machine judiciaire haïtienne s’enlise, aux États-Unis des condamnés parlent. Ils citent des noms, évoquent des complicités, dessinent les contours d’un complot. Ce n’est pas rien. Mais ces révélations soulèvent une autre question : disent-ils tout? Ou seulement ce qui sert leurs intérêts? Car les véritables cerveaux, les commanditaires de l’ombre, restent hors champ, protégés par le brouillard des procédures inachevées et des silences calculés.

Depuis cet assassinat dans la nuit du 7 juillet 2021, une même interrogation traverse la conscience nationale : où va cette affaire? Cette nuit-là, Haïti n’a pas seulement perdu un chef d’État; elle a basculé dans une zone grise, une ère d’incertitude où les institutions vacillent et où la vérité semble toujours différée.

Très vite, la bataille des récits s’est ouverte. Déclarations contradictoires, versions fragiles, silences stratégiques : chacun tente d’imposer sa lecture des faits. Les responsables de la sécurité présidentielle, aujourd’hui cernés par les soupçons, s’agitent pour construire une ligne de défense. Près de cinq ans plus tard, l’enquête nationale piétine. Et la vérité, elle, se dérobe.

Une affaire racontée par d’autres

Le paradoxe est brutal : ce chapitre majeur de notre histoire s’écrit désormais hors de nos frontières. La presse internationale mène la cadence. La justice étatsunienne, avec ses lenteurs et ses limites, avance néanmoins. Et nous ? Nous attendons, souvent réduits à traduire et commenter ce que d’autres révèlent.

Ce déplacement du centre de gravité n’est pas anodin. Lorsqu’un président est assassiné dans sa résidence et sur son sol, mais que l’essentiel des révélations vient de l’extérieur, c’est toute la souveraineté informationnelle ou judiciaire qui vacille. Le débat public haïtien devient alors spectateur de sa propre tragédie.

Le malaise des médias

La presse locale interroge par son effacement relatif. Faute de moyens? Choix éditorial dicté par l’audience? Dépendance structurelle aux grandes agences internationales? Peut-être un peu de tout cela. Toujours est-il que d’autres sujets occupent l’espace avec une constance que ne connaît pas le suivi de ce dossier crucial.
En relayant davantage qu’elle n’enquête, en commentant plus qu’elle ne creuse, la presse risque d’entamer ce qui fonde sa légitimité : chercher, vérifier, contextualiser, insister. Informer ne consiste pas seulement à amplifier des voix puissantes; c’est aussi persévérer là où le silence s’installe.

Se détourner d’un procès d’une telle portée n’est pas un simple choix éditorial. C’est un signal. Un signal inquiétant sur nos priorités collectives, sur la fragilité de notre espace public, et sur notre capacité à affronter, lucidement, l’un des drames les plus graves de notre histoire contemporaine.

Au bout du compte, une autre question brutale persiste : la justice sera-t-elle réellement rendue? Et si oui, le sera-t-elle pour la vérité… ou pour sauver les apparences?

Merci de commenter

Lire les commentaires

COMMENTAIRES DES LECTEURS ET LECTRICES

  1. Avatar de Erno Renoncourt
  2. Avatar de Nouvayti
  3. Avatar de Erno Renoncourt
  4. Avatar de Inconnu
  5. Avatar de Nouvayti
  6. Avatar de Inconnu
  7. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Le texte « Makout versus gangs armés » est une radiographie clinique d’une justesse implacable. En opposant la…

🚫Nouvayti bannit la fausse nouvelle (fake news), la désinformation, la diffamation, les discriminations, le racisme (lié à la couleur de peau, à l’origine ethnique, à la religion, etc.), l’incitation à la haine et à la violence sous toutes les formes.
Notre ligne de conduite est claire et précise.


Affaire Orélien : ignorance ou malhonnêteté intellectuelle?

Clou de l’affaire Orélien. Les Éditions du Boréal ont annoncé, dans un communiqué, le 21 octobre 2026, la fin de leur relation avec l’auteur de « C’était ça ou mourir ». Pour nous, qui commentons cette affaire de plagiat et d’usage d’intelligence artificielle, le principe de probité doit primer…

Lire

Les États-Unis accusent le Canada d’ingérence, mais s’ingèrent dans les affaires d’un tas de pays

Deux poids, deux mesures dans les discours et actions des diplomates des États-Unis. Les autorités étasuniennes n’acceptent pas l’ingérence dans leur vie politique, pourtant elles s’immiscent en profondeur dans les affaires internes de beaucoup d’autres pays. Au nom de la raison du plus fort.

Lire

Restituer la mémoire et réactualiser l’idéal de Dessalines

Après l’assissanat de Jean-Jacques Dessalines en 1806, personne n’avait le droit de prononcer son nom pendant quarante ans. Par ce processus d’effacement de sa mémoire, l’Occident colonial voulait mettre en déroute la Révolution de 1791-1804. Survol historique pour réactualiser l’idéal du père fondateur de la nation haïtienne au prisme d’un regard décolonial.

Lire

Ils veulent le statu quo, vous pouvez agir!

Il faut sans cesse remuer le couteau dans la plaie pour casser le moule du système pourri qu’ils veulent maintenir… Et ranimer, si possible, la conscience sur toutes les erreurs du passé à ne plus répéter. Telle une fatalité, une malédiction, une guigne pour Haïti…

Lire

Bank of America dans la tourmente

Bank of America essuie 1,2 milliard de dollars d’amendes pour violations graves des lois anti‑blanchiment et des sanctions des États-Unis. Une correction historique qui fragilise sa gouvernance, alourdit ses coûts de conformité et place la banque sous surveillance renforcée.

Lire

La Russie contre l’ingérence étasunienne en Haïti

À l’initiative des États-Unis, soutenus par le Panama, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté (avec 14 voix pour, 1 abstention), mercredi 14 octobre 2026, une résolution qui reconduit le régime de sanctions contre Haïti. La Russie s’est abstenue, dénonçant l’ingérence politique dans ce pays caribéen sous contrôle étasunien.

Lire

Haïti : énième rapport de l’ONU et les « commanditaires de gang »

L’Organisation des Nations Unies (ONU) ne lâche pas une partie de la classe politique haïtienne souvent reprochée d’implication dans le gangstérisme en Haïti. Une fois encore, les noms d’anciens sénateurs et députés, d’élus locaux (maires), de hauts gradés de la Police ainsi que de policiers sont cités dans un énième rapport onusien. Et après?

Lire

Un problème est survenu. Veuillez actualiser la page et/ou essayer à nouveau.

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture