La Coupe du monde de la FIFA de 2026 (CDM 2026), organisée simultanément aux États-Unis, au Canada et au Mexique, s’est achevée le 19 juillet. Et le peuple planétaire du football, en grande majorité pauvre, est contraint de revenir à son quotidien de misère et ses devoirs d’exclu et de chair à profit de la globalisation. Un changement de perception de la réalité qui contraste avec cette période footballistique festive, durant laquelle il avait mobilisé les raisons de ses émotions pour s’évader de ses conditions de vie, oublier son exploitation déshumanisante par le néolibéralisme. Ainsi que pour trouver, dans les beaux gestes de quelques matchs de sa sélection ou ses sélections favorites, cette « consolation pure et spontanée » dont parlait Paolo Pasolini pour évoquer le football. Un basculement tragique dans le réel d’un monde qui rappelle la justesse de la pensée d’Edouardo Galeano, dans Football, Ombre et lumière (2004) : « le football est un voyage triste, du plaisir au devoir ».
Poser le cadre de la réflexion
Dans la première partie de ce dossier, divisé en quatre, nous cherchons à trouver, par-delà la consolation que le football procure, des enseignements qui peuvent armer cognitivement les citoyens d’Haïti et d’ailleurs, pour qu’ils apprennent à résister à l’invasion du néolibéralisme dans leur vie. Car la consolation qu’a procuré la CDM 2026, pour grande qu’elle a été, par le nombre de matchs, a aussi donné lieu, comme ce fut le cas avec le Covid en 2019, à une expérience psychologique planétaire de conditionnement. En effet, par sa dimension planétaire, incluant 48 sélections nationales, dont les plus imposantes disposent de millions de supporteurs dans le monde entier, cette compétition mondiale a conditionné une grande partie de la planète à être cognitivement disponible pour des expériences collectives de manipulation et d’altération des processus de la pensée humaine.
Et pour cause! Par ses moments chargés d’excitations et ses explosions débridées de déraison devant le but ultime – qui est « l’orgasme du football », selon Edouardo Galeano (2004) –, une coupe du monde de football est de fait un des terrains privilégiés d’expérimentation de la guerre cognitive. Car elle permet de mettre en place une « influence cognitive orientée », par la synchronisation, au même moment, sur un même réseau de failles, chargé de déraison et de passion, des cerveaux des millions de spectateurs et de téléspectateurs.
Manipulation foudroyante et effrayante, puisqu’elle a réussi à capter dans ses filets autant les cerveaux des illettrés que ceux des lettrés, et ce dans le monde entier. L’effroi est d’autant plus grand que : « Les conséquences [de ces manipulations] entrainent des modifications parfois transitoires mais souvent chroniques de la vie psychique des individus, [et] des conséquences sociales qui peuvent être radicales », selon les deux auteurs susmentionnés.
Pour comprendre l’ampleur de cette manipulation, il suffit d’imaginer ce qu’un hacker informatique, mal intentionné, peut faire s’il parvenait à trouver un routage, sur le réseau internet global, qui lui permettrait d’infecter en même temps et de prendre le contrôle partiel ou total de centaines de millions d’ordinateurs dans le monde, car tous reliés au même instant sur les failles d’un même site incongru. C’est exactement cette fenêtre émotionnelle de routage que les « ingénieurs du chaos », comme Giuliano Da Empoli (2019) les appelle, ont trouvé durant la CDM 2026. Force est de constater qu’ils ont su habilement l’exploiter.
Le plan de l’argumentaire
Nous avons des données qui nous permettent de croire que la campagne médiatique, à la limite de la haine raciale, de discréditation de l’Albiceleste relève de cette habile exploitation. Car elle a été orchestrée par un chaos informationnel qui a su exploiter, par des chocs émotionnels, les vulnérabilités cognitives, les sensibilités humanistes contre le racisme et la haine profonde contre cet ordre mondial, symbolisé par Donald Trump, d’une grande partie de l’humanité. Le cadre de notre argumentaire étant posé, nous allons :
- expliciter, avec une modélisation graphique à l’appui, non seulement le contexte de faits qui a rendu possible le succès de cette manipulation mondiale, mais aussi;
- décliner surtout la finalité géostratégique qu’elle visait, et;
- clore le débat en cherchant à mettre en évidence les enseignements qui peuvent être déduits de cette manipulation.

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