Venons-en aux faits. Le 11 novembre 2024, des tirs ont atteint au moins trois avions commerciaux lors de leur approche ou de leur décollage à Port-au-Prince. Cet événement a poussé la Federal Aviation Administration (FAA) des États-Unis à interdire temporairement les vols civils vers la capitale. Une décision prolongée à plusieurs reprises qui a conduit la majorité des compagnies internationales à suspendre leurs dessertes.
Pourtant, l’aéroport n’est pas complètement à l’arrêt. Des avions-cargos continuent d’y atterrir, des appareils militaires y opèrent, des missions diplomatiques ou humanitaires y transitent et certains vols non réguliers y sont autorisés. Le tarmac est loin d’être désert. Dès lors, des interrogations pleuvent.
Pourquoi les compagnies régulières restent-elles absentes? Quels critères techniques, opérationnels ou sécuritaires distinguent un appareil autorisé d’un autre qui ne l’est pas? Surtout, qui évalue le manque à gagner pour le Trésor public, alors que l’aéroport accueillait autrefois plus d’un million de passagers par an?
L’art d’esquiver les responsabilités
Face à cette paralysie, chaque acteur se renvoie la balle. Les compagnies invoquent l’évaluation des risques, les autorités haïtiennes rappellent les contraintes sécuritaires, les régulateurs se retranchent derrière des procédures techniques. Tandis que les assureurs et les chancelleries étrangères imposent leurs exigences.
Bref, personne ne parle avec clarté aux citoyens. Qui décide réellement au final? L’Autorité aéroportuaire nationale (AAN) ? L’Office national de l’Aviation civile (OFNAC)? Le gouvernement? Les entités étrangères? En multipliant les centres de décision sans jamais identifier le véritable décideur, l’État entretient une confusion qui érode davantage la confiance publique. Concédons que la sécurité exige de la discrétion. Mais, elle ne saurait justifier ce silence qui frise l’opacité.
Une crise de gouvernance globale
Les récentes tensions autour de l’aéroport du Cap-Haïtien illustrent la généralisation du problème. Face aux dysfonctionnements dénoncés par les voyageurs, les responsables locaux interpellent le premier ministre, qui renvoie vers l’AAN et l’OFNAC. Les institutions se renvoient les notes, mais personne ne répond concrètement aux usagers.
En réalité, le transport aérien n’est pas un dossier secondaire. Il conditionne les investissements, le tourisme, les échanges, le commerce, la mobilité et la crédibilité internationale du pays. Une nation dont la principale porte d’entrée fonctionne dans l’incertitude envoie un signal de défaillance au reste du monde.
Ce n’est plus seulement une crise qui concerne le secteur de l’aviation. L’État doit fournir les informations à ses citoyens. Le ciel haïtien n’a pas seulement besoin d’avions. Il a aussi besoin de transparence, surtout de vérité. Ainsi, les questions cesseront de voler plus haut que les aéronefs.

Laisser un commentaire