Dans les parties précédentes, nous avons voulu penser le football comme terrain d’appropriation de la complexité. Pour ce faire, nous l’avons situé dans le champ de ces activités humaines paradoxales qui, traversées par de puissants enjeux économiques, politiques et géostratégiques, ont peu à peu perdu cette part d’émerveillement ayant servi de consolation pendant longtemps aux exclus de la mondialisation. Chemin faisant, nous avons cherché à identifier, contextualiser et modéliser les faits qui ont été stratégiquement exploités, durant le Mondial 2026, par les ingénieurs physiciens du chaos pour ternir la réputation de l’Albiceleste et la rendre impopulaire aux yeux du monde.
Sur l’efficacité de la manipulation
Toute l’efficacité de cette campagne a résidé dans la sophistication de son opérationnalisation. Hybride et diversifiée, elle a dissimulé ses finalités en exploitant habilement les incertitudes géopolitiques, les paradoxes footballistiques, les passions des fanatiques et les colères légitimes des militants antiracistes et antifascistes du monde entier. Opportunément l’Albiceleste s’était présentée dans les habits sanctifiés de la brebis galeuse. Et logiquement, elle a été immolée sur l’autel de l’anti trumpisme.
Les ingénieurs du chaos ont ciblé les vécus émotionnels de millions de gens et, en les soumettant à des chocs informationnels qui mélangent peurs, colères, convictions politiques, ils ont ainsi altéré leurs processus cognitifs, jusqu’à influencer leurs comportements. Par une meilleure connaissance du psychisme humain, les ingénieurs et physiciens du chaos du néolibéralisme totalitaire ont compris que chaque personne, quand elle subit des micro-événements (informations, rumeurs, peurs), entre dans un processus d’évidement cognitif et réagit de manière erratique à son environnement, en suivant la trajectoire du plus grand nombre. Or cette orientation globale qui semble aléatoire est en réalité dictée par l’impulsion des chocs reçus.
« Dans l’immensité sans bords qui s’ouvre de toutes parts, il n’est point de répit pour les corps qui s’effondrent dans le vide. C’est le mouvement sans fin qui les oriente sous le poids des chocs qui les lie ou les disjoint ».
Lucrèce, dans De rerum natura (De la nature des choses), au Iersiècle avant notre ère
Voilà l’immensité qui s’ouvre pour le néolibéralisme totalitaire, en cette première moitié du XXIe siècle, par le vide cognitif que créent dans notre conscience les nouvelles manipulations mises en place avec l’intelligence artificielle.
Sur le sens pédagogique de notre démarche
Par anticipation, mauvaise foi ou fanatisme, beaucoup ont pris notre démarche réflexive pour une posture partisane pro-Albiceleste. Et pourtant, il s’agit moins de condamner cette campagne que d’expliciter les mécanismes psychiques, les évidences factuelles et les ressorts émotionnels qu’elle a exploités. Et cela nous semble pédagogiquement bienveillant, puisque par-delà la Coupe du monde, ils peuvent être réutilisés à des fins plus pernicieuses pour pourrir la vie des peuples.
Tout cela permet, à celui qui a un peu de sens éthique, d’admettre que ce qui s’est passé avec l’Argentine en 2026 est bien une campagne d’influence cognitive orientée. Et tout laisse croire qu’elle a été orchestrée par les Européens, les démocrates étasuniens et le reste du monde qui, pour des raisons légitimes, ont la même haine envers Trump, et ont vu dans le Mondial une opportunité pour se venger de ses proches alliés. Puisque, quoi qu’on dise de Trump, personne n’a le courage de l’attaquer de face, tout le monde prend des raccourcis. Et en ce sens, l’Argentine, comme bouc émissaire, ne devait pas gagner; puisque, par les liens de son président avec le président des États-Unis, cette victoire aurait été perçue comme celle du camp du mal.
Le monde ne s’est-il pas réjouit que l’Espagne (humaniste) ait pu triompher de l’Argentine (raciste), offrant ainsi une récupération politique méritée à son premier ministre, qui a été, du reste, le seul à s’opposer ouvertement à Trump?
Donc, il y a bien des enjeux qui dépassent le cadre du football. Les occulter revient à nier la partie du réel qui ne convient pas à notre confort. Ce qui ne fait que prouver l’efficacité de cette manipulation, car, ses séquelles sont durables, elle nous conditionne à considérer les cas de perversion cognitive comme des affabulations complotistes, une fois que ceux-ci rencontrent notre adhésion et confortent nos intérêts. Ce qui empêche tout consensus citoyen sur ce qui est pertinent et cohérent, ce qui empêche toute vision partagée pour fédérer, dans une internationale des peuples, une communauté d’intérêts et fortifier la résistance contre l’invasion du néolibéralisme dans le champ de notre conscience. Et c’est là toute l’intelligence des ingénieurs du chaos : ils conçoivent des attracteurs culturels qui confortent certaines de nos passions, enflamment nos colères et mettent en hibernation notre potentielle de pensée critique pour nous condamner à l’impuissance.
Manifestement, pour s’extraire de ce vide que les algorithmes du totalitarisme numérique implémentent dans la conscience des peuples, il faut un sursaut cognitif pour repenser la militance anti-néolibérale et réarmer la culture comme arme de résistance. Le but est de réapproprier notre conscience comme champ unifié de nos différents processus cognitifs (logique, valeurs et affects), sous contrôle de notre dignité.

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