Un employé de la fonction publique a fui la violence dans son quartier, perdu tous ses biens meubles et immeubles jusqu’à ses documents d’état civil, ses photos de famille, reliques, objets à haute valeur affective… Il est à sa quatrième station traînant la croix des déplacés forcés vers des maisons d’amis accueillants. Le ministère auquel il travaille depuis sa jeunesse est, quant à lui, à sa deuxième station, passant d’immeuble à bicoque.
Le lieu de travail et l’employé se retrouvent, à chaque transfert d’adresse, à des kilomètres l’un de l’autre. Séparés par des zones concédées par l’État aux bandits légaux, gangs armés à cravate et à savates… Son chef hiérarchique nommé par l’État lui fait des exigences de ponctualité, de régularité alors qu’il touche le même salaire, doit transborder à quatre reprises pour arriver à destination; le tarif des courses en augmentation constante… Situation qui est celle de parents d’élèves, étudiants, employés d’entreprises, d’industries, marchands du secteur informel…
Quoi? Tout va très bien, Madame la Marquise! Voilà ce qui s’appelle survivre dans le chaos… Quand le chaos s’installe dans la prétendue normalité, formalité, régularité… Quand le chaos prend corps, se fait vase pour que les déplacés, toutes les victimes deviennent liquide, rentrent dans son moule, prennent sa forme…!
L’action décisive contre le chaos rentable
Le chaos n’est pas ce que vous pensez. Non! Non! La terreur du règne des bandits légaux, gangs armés à cravate et à savates, cette partie immergée de l’iceberg! Le chaos se loge dans l’esprit, le mental, l’âme des dirigeants… Une sorte de dérèglement, de gangrène des méninges qui renvoient, projettent une image de soi – du dirigeant affecté – comme si le sujet est seul, unique sur terre dans une vive lutte permanente pour décongestionner son nez de l’odeur suffocante de la mort, des morts… Et cette odeur finit par envahir le nez du Grand-corps social. Chacun tente de repousser son tour et appelle l’autre au suivant dans l’attente mortelle, dans l’inaction qui appelle, s’appelle la mort et compte les morts. Donc, tout va très bien Madame la Marquise!
À contre courant, bien d’autres, voulant vivre que de survivre, font bien travailler leurs méninges, proposent des plans, agitent des idées de vérité, d’éveil, de conscience pour sortir du chaos. Ils sont traités de fous et comme fous, et d’autres osent même leurs demander de passer à l’action. Comme si penser n’est plus action. Comme si les idées ne précèdent pas toute action consciente, organisée, planifiée pour casser puis refaire un moule… Comme si l’action se résumait à marquer des pas sur place en jouissant de droits et privilèges mal acquis ou fictifs nés du chaos. Comme si l’action se réduirait à bénéficier de la rentabilité du chaos : être chef sans mandat ni mission, fixer à sa guise les prix du transport en commun, des produits pétroliers à la pompe, de produits alimentaires, de première nécessité… Jouer éternellement à ce jeu à somme nulle (+1-1) entre une meute de nuls.
Passer à l’action ne signifie pas rentrer dans le moule, dans la matrice du chaos. Contrairement à ce que pensent d’autres… N’est-ce pas Madame la Marquise!
L’acte de penser présuppose donc l’action décisive pour casser ce vieux moule du chaos, bien bien trop résistant, faute de conscience collective pour allumer cette flamme de la révolte consciente, porteuse de germes du printemps béni de la Reconstruction nationale!

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