Le massacre perpétré à Kenscoff dans la nuit du 23 au 24 août 2026 fait couler encore beaucoup d’encre et de salive. Face à un tel drame, l’Office de la protection du citoyen (OPC) figure sur la liste des indignés qui ont appelé à traduire les responsables en justice. Cet organisme tente de jouer ainsi son rôle qui consiste à documenter les abus, interpeller les concernés et contribuer à faire respecter les droits fondamentaux.
La tragédie de Kenscoff renvoie surtout à la responsabilité première de l’État. En d’autres termes, lorsque des gens sont tués, déplacés ou contraints d’abandonner leurs maisons parce que des groupes ou gangs armés imposent leur loi, cela ne peut pas être réduit à la seule responsabilité criminelle des malfaiteurs. Certes, ceux-ci doivent répondre de leurs crimes devant la justice; mais l’État doit également répondre de son irresponsabilité.
L’article 19 de la Constitution ne présente pas la protection de la vie comme une simple déclaration d’intention : il impose à l’État « l’impérieuse obligation » de garantir le droit à la vie, à la santé et au respect de la personne humaine à tous les citoyens sans distinction. Mais il semble que la vie des familles haïtiennes sous le contrôle des gangs armés et criminels ne compte pas réellement aux yeux des autorités étatiques.
Que peut l’OPC quand il ne peut?
Partout dans le pays, les populations de plusieurs quartiers ont besoin de justice, de sécurité, de protection… Leur situation doit interpeller le gouvernement fantoche de Didier Fils-Aimé, la Police nationale, l’ensemble des institutions publiques et privées ainsi que la société civile.
Une responsabilité particulière incombe notamment à l’OPC qui peut continuer à alerter ou exiger plus fermement des réponses efficaces de la part des autorités conformément à leurs obligations constitutionnelles. Toutefois, sans la volonté politique de hauts dirigeants, cet organisme demeurera impuissant face à la situation des habitants dont le droit à la vie est menacé de manière constante.
La défaillance de l’État soulève un sérieux questionnement sur les plans politique et institutionnel. Quelles sont les dispositions à prendre pour protéger les survivants, accompagner les familles? Comment documenter les crimes, identifier les criminels et leurs commanditaires potentiels? Comment éviter surtout un énième éventuel massacre dans le pays? Voilà un nouveau test, après ceux déjà ratés, qui attend les institutions haïtiennes.
L’indignation et les dénonciations ne suffisent pas. Il faut agir autrement. Un État ne se mesure pas uniquement à ses lois et à ses institutions, elle se mesure aussi à sa capacité à protéger son peuple et à garantir ses droits. Poser concrètement de véritables actions institutionnelles en ce sens reste un vrai enjeu sociétal.

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