Dans le sillage de ce drame, les Kenscovites et les habitants des zones avoisinantes n’ont pour l’heure reçu aucune garantie de sécurité. Outre des conditions socio-économiques déjà précaires, ils continuent de vivre dans la crainte permanente d’une nouvelle attaque. Qui veut et peut d’ailleurs l’empêcher?
Le cynisme du pouvoir et la faillite de l’État
Après des centaines de morts à Kenscoff en 2025 et durant les premiers mois de l’année en cours, que personne – parmi les autorités – ne vienne encore nous traumatiser avec son cynisme habituel. Leurs « blabla » dans les médias ne font que meubler le vide en attendant la prochaine tragédie.
Il faut cesser de croire que nos dirigeants sont de simples incompétents. Ils sont au contraire parfaitement qualifiés pour les basses besognes qui leur sont assignées par leurs commanditaires : rayer Haïti et les Haïtiens de la carte.
Combien faut-il encore de massacres pour que l’effondrement de l’autorité de l’État cesse d’être traité comme une succession d’« événements » isolés? Une attaque imputée au gang Gran Grif, à Jean-Denis, près de Petite-Rivière de l’Artibonite, a fait au moins 70 morts, le 30 mars 2026, selon l’organisme de droits humains Défenseurs Plus. La cruauté des criminels est incessante, sans borne.
Le même gang Gran Grif, dans l’intervalle du 29 novembre au 6 décembre 2025, a encore tué pas moins de 34 habitants de Pont-Sondé, selon un rapport du Conseil de sécurité de l’ONU. Entre le 6 et le 11 décembre 2024, à Cité Soleil, le gang de Wharf Jérémie a tué au moins 207 personnes, essentiellement des personnes âgées.
Politiques et militants aux abonnés absents
Pendant ce temps, une grande partie de la société est en hibernation. Les acteurs politiques font preuve de bien plus de hargne lorsqu’il s’agit de faire chuter un régime que lorsqu’il faut protéger la population qu’ils prétendent servir. Indexer, acculer et combattre une administration paraît nettement plus profitable aux yeux de ces frimousses avides de pouvoir. Où sont donc passés les nombreux militants qui s’apprêtaient jadis à fouler le macadam au cri de : « Vle pa vle fò l ale »?
Personne n’est en mesure d’assurer que le pays, pris aux pièges de ses ennemis, verra la lumière au bout du tunnel bientôt ou dans longtemps. Avec la persistance de la terreur des gangs, et ce, malgré le recours à des sociétés privées comme Blackwater ou la présence de la force de répression des gangs (FRG), nous nous éloignons davantage de la solution efficace. Ces pompiers pyromanes agissent pour leur chapelle politique et financière. Comme l’aurait dit Frankétienne, nous sommes le peuple le plus détesté au monde. Pour avoir mis en déroute leur système esclavagiste en 1804, pourquoi ces puissances nous viendraient-elles aujourd’hui en aide?

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