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La vidéo de l’assassinat à la machette d’une femme – nommée « Baby Love » – provoque l’indignation sur les réseaux sociaux. Les autorités judiciaires ont tardé avant de lancer un avis de recherche pour arrêter Esther « Nice B » Thomas pour ce crime, apparemment commis à Croix-des-Bouquets, sous contrôle du gang 400 Mawozo.

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Une intervention judiciaire par le parquet compétent n’a toujours pas lieu au moment de la rédaction de ce texte. Cette situation interroge le fonctionnement de l’ensemble de la chaîne pénale : police, parquet, magistrats, greffes et administration pénitentiaire. Lorsque des auteurs présumés peuvent continuer à circuler sans qu’une réponse judiciaire effective soit perceptible, le message devient désastreux : la loi existe, mais son application semble dépendre du territoire et du rapport de force.

Pendant ce temps, une vingtaine de professionnels haïtiens du secteur pénal se sont rendus en France pour une formation consacrée à la réforme pénale. Leur formation est certainement utile. Mais que vaut une réforme pénale si les institutions chargées d’appliquer le droit ne disposent pas des moyens, de l’autorité et de la capacité opérationnelle nécessaires pour protéger les citoyens et poursuivre les criminels? Le véritable enjeu est de savoir ce qu’Haïti en fera par la suite.

Réformer ou continuer à copier?

Cette question renvoie à un problème plus ancien : le rapport d’Haïti aux modèles juridiques étrangers, notamment français. Le problème n’est pas d’apprendre des autres. Toute société peut enrichir son droit par la comparaison. Le danger commence lorsque l’emprunt remplace la réflexion autonome et que la réforme consiste davantage à reproduire qu’à penser.

C’est ici que la notion populaire de « kakatri » prend tout son sens comme métaphore d’une dépendance intellectuelle : pourquoi chercher systématiquement ailleurs les réponses à des problèmes qui sont pourtant étudiés depuis des années par les chercheurs haïtiens?

Des étudiants en licence, en maîtrise et en doctorat produisent des travaux sur la criminalité, la justice, la sécurité et le droit pénal en Haïti. Des mémoires et des thèses analysent les réalités du pays et proposent des pistes de réforme. Mais combien de ces connaissances atteignent réellement les lieux où se prennent les décisions? 

À quand la décolonisation du savoir pénal?

Le meurtre de « Baby Love » révèle une nouvelle fois la banalisation de la violence en Haïti. D’un crime de trop à un crime de plus, la société semble progressivement s’habituer à l’impensable. Le concept d’« habitus » de Pierre Bourdieu peut ici offrir une grille de lecture : l’exposition répétée à la violence peut finir par modifier les perceptions, les comportements et le rapport collectif à l’inacceptable. 

Sans réduire la criminalité à ce concept, on peut quand même se poser des questions : comment en est-on arrivé à considérer la violence meurtrière comme une réalité presque ordinaire? Et que devient une société lorsque le crime ne produit plus systématiquement une réponse judiciaire? À quoi servent les réflexions sur la réforme du système pénal lorsque, sur le terrain, des crimes sont commis dans des territoires sous contrôle des gangs sans réponse judiciaire appropriée, visible et efficace?

Les professionnels du droit ne doivent pas s’enfermer uniquement dans leur bureau ou dans les salles de formation pendant que, sur le terrain, des citoyens sont assassinés et que l’impunité gagne du terrain. Haïti devra choisir entre réformer simplement son système pénal ou penser enfin sa propre réforme. Pour combattre l’impunité, la réforme pénale doit être pensée en Haïti, pour Haïti et à partir des réalités haïtiennes. Il est urgent de décoloniser le savoir dans le pays

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  1. Avatar de Erno Renoncourt
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    Cher Maestro, Le texte « Makout versus gangs armés » est une radiographie clinique d’une justesse implacable. En opposant la…

🚫Nouvayti bannit la fausse nouvelle (fake news), la désinformation, la diffamation, les discriminations, le racisme (lié à la couleur de peau, à l’origine ethnique, à la religion, etc.), l’incitation à la haine et à la violence sous toutes les formes.
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