En approuvant le programme de relance économique d’Haïti (HOPE/HELP), le Congrès des États-Unis a prolongé cette loi initiée en 2006 et reconduite à plusieurs reprises. La partie haïtienne vient ainsi de gagner deux années supplémentaires pour prouver qu’elle peut tirer son épingle du jeu. Il ne s’agit pas d’une subvention, mais d’un régime de préférences commerciales. À prendre avec des pincettes.
Aussitôt informé, le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, à travers son bureau, s’est empressé d’exprimer sa gratitude envers les acteurs étasuniens. Comme par le passé, cette loi accorde des avantages préférentiels à son pays. Elle permet d’exporter vers les États-Unis des produits textiles fabriqués en Haïti, selon des conditions étatsuniennes, sans payer de droits de douane.
De 2009 à 2019, le textile haïtien est passé d’environ 25 000 à plus de 54 000 emplois, avec des exportations proches du milliard de dollars. Pandémie, instabilité et insécurité ont ensuite provoqué l’effondrement du secteur : près de 22 000 emplois en 2025. En 2026, l’emploi dépasse 27 000. Les chiffres parlent d’eux mêmes.
Le « devoir de maison » de Port-au-Prince
Pour Haïti, le défi consiste à tirer parti du vaste marché étasunien face à la concurrence notamment asiatique. Cela implique de sécuriser les zones industrielles et les zones franches, d’engager des réformes structurelles et de trouver les solutions adéquates pour rétablir l’énergie électrique indispensable au fonctionnement des usines.
Il faut également prévoir la réduction des coûts logistiques, l’amélioration des infrastructures routières, la simplification des procédures douanières et une meilleure formation de la main-d’œuvre. À cela s’ajoute la nécessité d’attirer de nouveaux investisseurs, d’augmenter la capacité de production et de développer une chaîne d’approvisionnement locale.
« Impossible n’est pas haïtien », disent les optimistes. Mais comment une classe d’affaires qui n’a pas su préserver les emplois textiles durant ces trente dernières années pourra-t-elle convaincre de potentiels investisseurs en seulement deux ans?
Les intérêts géopolitiques de Washington
Du côté étatsunien, Joshua Walker, directeur des affaires internationales à la Chambre de commerce, a salué la prolongation de deux ans de la « Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique » (AGOA), qui protège les intérêts étasuniens en Afrique subsaharienne, et du programme HOPE/HELP.
Jason Smith, président de la commission bipartite des voies et moyens à la Chambre des représentants, affirme que :
« L’AGOA et le programme HOPE/HELP pour Haïti sont des programmes commerciaux de longue date qui servent les intérêts économiques et de sécurité nationale des États-Unis ».
Employant les éléments de langage habituels, le parlementaire a souligné que ces programmes sont essentiels pour contrer les menaces stratégiques et économiques que font peser la Chine et la Russie sur les États-Unis, tout en répondant aux instabilités en Haïti. Une démarche jugée fondamentale pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines et préserver leur accès aux minéraux critiques (de l’Afrique).
En fait, les États-Unis n’ont pas d’ennemis ni d’amis permanents. Seuls leurs intérêts comptent. Donald Trump ne rate aucune occasion pour classer Haïti dans la catégorie des « pays pourris ». Il se fait un plaisir de qualifier notre pays de « trou de cul » ou même d’accuser, sans la moindre preuve, les ressortissants haïtiens de mangeurs d’animaux de compagnie. Mais, force est de constater que nos élites y prêtent également le flanc.
L’opportunité restera intéressante si les acteurs haïtiens parviennent à se tailler une place sur le marché étatsunien. Toutefois, 2028 est une échéance très proche. Déjà, il se murmure que les hommes d’affaires haïtiens espéraient un renouvellement qui s’étalerait sur 10 à 15 ans.

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