Le décor du Palm hôtel de Pétion-Ville offrait le spectacle d’une Haïti que l’on aimerait conjuguer au présent. Lors de l’ouverture de la première édition du Forum national des investissements, le 29 juin 2026, sous les auspices de la relance, l’UE a déployé sa stratégie « Global Gateway ». Le paquet est axé sur la logistique, les transports portuaires et aéroportuaires, l’énergie, les mines et l’agriculture.
La liste des secteurs stratégiques exposés sur les pupitres sonnait comme le plan de reconstruction d’une nation moderne. Face à cette assemblée, le Premier ministre haïtien a exhorté les capitaux à « miser sur la résilience d’Haïti ». Ceci en dépit d’une crise multidimensionnelle que personne ne peut nier.
Cette initiative a le mérite de l’audace et du sursaut. En joignant leurs efforts, gouvernement et partenaires internationaux dessinent une trajectoire économique qui constitue un signal positif. Peut-être une volonté de rompre le cycle du déclin.
La charrue avant les bœufs
Qu’il soit clair! Aucun investisseur sérieux, qu’il vienne de Bruxelles, de Miami ou des cercles financiers de Port-au-Prince, n’engage des capitaux importants sans un minimum de garanties physiques et juridiques. L’argent est par définition lâche. Il fuit le bruit des bottes et, plus encore, le crépitement des fusils d’assaut.
Prétendre moderniser les infrastructures portuaires ou développer des complexes agricoles relève aujourd’hui de la pure acrobatie intellectuelle. En effet, une telle ambition est illusoire tant que des gangs armés contrôlent une partie importante et vitale du territoire national.
Comment financer des réseaux logistiques quand les routes nationales sont coupées par des check-points de malfrats qui rançonnent les camionneurs? Les infrastructures économiques ne peuvent être ni opérationnelles ni rentables.
Au-delà de la menace physique, le capital exige une prévisibilité que les institutions haïtiennes sont bien incapables d’offrir. La faiblesse structurelle de la justice, l’impunité chronique élevée au rang de norme. La corruption systémique et l’instabilité politique permanente constituent des facteurs de risque majeurs qui découragent les initiatives les plus téméraires. Un contrat n’a de valeur que si un tribunal indépendant peut en forcer l’exécution.
Le système judiciaire haïtien est exsangue, souvent inféodé aux intérêts politiques ou financiers. Dans un tel environnement, les promesses d’investissement de la Global Gateway et les déclarations d’intention du forum risquent fort de rester de simples vœux pieux. C’est-à-dire des documents élégants condamnés à dormir dans les tiroirs des ministères, faute de conditions minimales de confiance.
Les exigences du développement…
Le développement économique ne repose pas sur la magie des forums ou sur la diplomatie des salons. Il exige d’abord un État digne de ce nom.
Qui acceptera d’investir plusieurs millions de dollars dans un pays où les usines et les commerces peuvent être pillés, vandalisés ou incendiés du jour au lendemain sans que la force publique n’intervienne? Investir serait alors synonyme de jeter l’argent dans les égouts.
Quelle crédibilité peut avoir une politique de promotion des investissements lorsque tous les indicateurs économiques nationaux restent désespérément au rouge et que la récession perdure pour la septième année consécutive?
Somme toute, le développement économique ne repose pas sur la magie des conférences, sur la multiplication des séminaires ou sur des annonces diplomatiques grandiloquentes. Il exige, comme condition préalable et non négociable, un État capable d’exercer le monopole de la violence légitime, d’assurer l’ordre public, de protéger physiquement les investisseurs, de faire respecter les contrats et de garantir un véritable État de droit.

Laisser un commentaire