La décision des autorités étasuniennes de suspendre le TPS (Temporary Protected Status) devrait constituer un électrochoc notamment chez les dirigeants haïtiens. Car, si cette mesure aux conséquences humaines terribles frappe de pleins fouets les principales personnes affectées, elle met surtout à nu l’État haïtien, incapable de créer les conditions permettant à ses citoyennes et citoyens de vivre dignement dans leur propre pays. Nos compatriotes sont humiliés à cause de l’irresponsabilité de ces dirigeants incompétents, présents et passés, qui font d’Haïti un « Leta-bayakou »*. Le chat est appelé par son nom dans le langage populaire haïtien.

Depuis plusieurs décennies, les gouvernements successifs ont privilégié des politiques de dépendance plutôt qu’un véritable projet de reconstruction nationale. La crise sécuritaire, l’effondrement des institutions publiques et l’absence de perspectives économiques ont poussé des centaines de milliers d’Haïtiens à chercher refuge à l’étranger. Ni le TPS créé en 2010 dans le contexte du tremblement de terre ni le programme de libération conditionnelle de CHNV (Cuba, Haïti, Nicaragua et Venezuela) sous Joe Biden ne sauraient constituer une politique de développement. Au contraire, ces mécanismes ont contribué à aggraver les conséquences de l’effondrement de l’État « bayakou » haïtien.

Voici un exemple frappant. Alors qu’Haïti est confronté à une violence sans précédent et que la Police nationale souffre d’un manque chronique d’effectif adéquat, les autorités ont parfois facilité le départ davantage de leurs citoyens au lieu de renforcer les institutions chargées d’assurer leur sécurité. Ce paradoxe saisissant illustre l’absence d’une véritable stratégie nationale.

Par ailleurs, plusieurs rapports internationaux ont souligné que la majorité des armes alimentant les groupes criminels en Haïti proviennent de trafics transitant notamment par les États-Unis et la République dominicaine. Le rapport du Secrétaire général des Nations Unies, fondé notamment sur la note de recherche de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), intitulée Haiti’s Criminal Markets, met en évidence une recrudescence du trafic d’armes depuis 2021. Il souligne que des armes de plus en plus puissantes et sophistiquées, principalement destinées aux gangs, sont expédiées depuis les États-Unis, en particulier depuis la Floride, ou transitent par des intermédiaires en République Dominicaine avant d’être introduites en Haïti. Il identifie également quatre principaux itinéraires de trafic et désigne les coalitions « G9 et famille » ainsi que « G-Pèp » parmi les principaux bénéficiaires de ces flux d’armes.

Cela dit, la coopération internationale apparaît indispensable, mais ne saurait exonérer les autorités haïtiennes de leur responsabilité dans la protection de la population et le rétablissement de l’autorité de l’État.

Le peuple et l’État d’Haïti devraient profiter de la fin du TPS pour repenser, d’une part, les fondements de leur relation avec leurs partenaires internationaux et fonder, d’autre part, une nouvelle coopération sur le respect mutuel, la responsabilité et la défense de l’intérêt du pays. Diversifier les partenariats internationaux et reconstruire des institutions solides constituent désormais des impératifs si Haïti veut retrouver sa souveraineté.

Dieudonné Joachim l’a si bien souligné dans son article TPS ou la fin d’une illusion migratoire

Nous sommes d’accord que la véritable solution à la crise haïtienne ne réside ni dans le renouvellement perpétuel des programmes humanitaires ni dans l’exil massif de la population nourrie par le mythe de l’« Eldorado » étatsunien. Il vaut mieux de reconstruire un État légitimement fort pour assurer la sécurité, garantir les droits fondamentaux et offrir à ses filles et fils des perspectives d’avenir dans leur propre pays.

* Le terme « bayakou » désigne une personne qui effectue les tâches les plus dégradantes aux yeux de la société. Employé dans un sens métaphorique, il renvoie ici à une classe politique qui, au lieu de défendre les intérêts nationaux, s'est trop souvent contentée de ramper, d'accompagner les agendas de puissances étrangères et de faire le sale besogne au profit  de celles-ci, et donc au détriment d'Haïti.

Laisser un commentaire

🚫Nouvayti bannit la fausse nouvelle (fake news), la désinformation, la diffamation, les discriminations, le racisme (lié à la couleur de peau, à l’origine ethnique, à la religion, etc.), l’incitation à la haine et à la violence sous toutes les formes. 
Notre ligne de conduite est claire et précise.


L’Argentine comme cobaye parfait : la modélisation du contexte (3 sur 5)

La Coupe du monde de 2026, bien que festive, a révélé « une manipulation cognitive mondiale », selon Erno Renoncourt. Dans un dossier intitulé « Résonances éthiques et pensée critique pour réarmer la culture comme outil de résistance citoyenne », l’auteur explore les conséquences de cette « manipulation » et ses enseignements…

Lire

Nuisances sonores

Du matin au soir, les bruits multiples nuisent à la tranquilité des résidents de plusieurs quartiers en Haïti. Les motocyclistes, les voisins d’occasion, les chrétiens et les clients des maisons transformées en bordel figurent parmi les principales sources de nuisances sonores. Face à ces hors-la loi dont le comportement dérange leur voisinage, l’État reste impuissant.

Lire

Coupe du monde 2026 : de la consolation à la manipulation (2 sur 5)

La Coupe du monde de 2026, bien que festive, a révélé « une manipulation cognitive mondiale », selon Erno Renoncourt. Dans un dossier intitulé « Résonances éthiques et pensée critique pour réarmer la culture comme outil de résistance citoyenne », l’auteur explore les conséquences de cette « manipulation » et ses enseignements…

Lire

Haïti : l’organisation des élections est-elle possible en 2026?

Les dates du 13 décembre 2026 et du 21 février 2027 sont retenues pour la tenue des élections générales en Haïti. Toutefois, au moins deux défis majeurs continuent de faire peser une incertitude sur la faisabilité et un doute sur la crédibilité de ces éventuelles compétitions. Aucune garantie!

Lire

TPS ou la fin d’une illusion migratoire

La fin du Statut de Protection temporaire pour les Haïtiens aux États-Unis suscite indignation et réflexion sur les politiques migratoires. Cela souligne les défis structurels d’Haïti, incitant à favoriser une prospérité locale plutôt que de compter sur l’assistance extérieure. Une nation forte doit offrir des raisons d’y vivre et d’investir.

Lire

De 1915 à 2026 : l’impérialisme toxique et permanent des États-Unis en Haïti (première partie)

Le 28 juillet 1915 marque un tournant politique violent dans l’histoire d’Haïti. C’est la date du débarquement de 330 marines étasuniens à Port‑au‑Prince pour une maudite mission, soi-disant civilisatrice. Celle-ci a restauré des pratiques néocoloniales de domination et d’exploitation dont les conséquences néfastes se font aujourd’hui encore sentir sur les plans politique, social et économique.

Lire

Football, complexité, contexte, conditionnement et cognition (1 sur 5)

La Coupe du monde de 2026, bien que festive, a révélé « une manipulation cognitive mondiale », selon Erno Renoncourt. Dans un dossier intitulé « Résonances éthiques et pensée critique pour réarmer la culture comme outil de résistance citoyenne », l’auteur explore les conséquences de cette « manipulation » et ses enseignements…

Lire

Un problème est survenu. Veuillez actualiser la page et/ou essayer à nouveau.

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Nouvayti

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture