Après avoir posé le cadre de notre réflexion (premier article) et précisé la manipulation orchestrée contre l’Argentine (deuxième article), place au troisième article de ce dossier pour expliciter, avec une modélisation graphique à l’appui, le contexte de faits qui a rendu possible le succès de cette manipulation mondiale. Elle explicitera les finalités footballistiques et géostratégiques que cette manipulation visait.
Le contexte de faits, exploité par les experts du chaos, porte à la fois sur les ressentiments footballistiques, géopolitiques et électoraux légitimes qui unissent, dans une même défiance, colère et haine, une immense majorité du monde autant contre le président de la FIFA que contre celui des États-Unis. Comme l’a décrit Giuliano Da Empoli dans Les Ingénieurs du chaos (2019), l’efficacité de la stratégie du chaos par les réseaux sociaux qui permet de pousser les individus les plus équilibrés « à soutenir n’importe quelle position, raisonnable ou absurde, réaliste ou intergalactique », vient de l’intelligence des spins-doctors à anticiper les sources réelles de la colère collective en captant ses signaux faibles et en jetant de l’huile sur les braises allumées.
Ainsi au nombre des sources de la colère collective exploitées pour nourrir la campagne anti argentine, nous pouvons citer d’une part :
Le climat d’incertitudes qui régnait autour du déroulement de cette coupe du monde aux États-Unis, notamment en raison de la politique ouvertement raciste de l’actuel président de ce pays envers les migrants, en particulier les Noirs et les descendants afro-américains. Il fallait exploiter ce ressentiment en jetant à la foule, comme bouc émissaire, un pays dans lequel l’absence de métissage renvoie l’image du racisme institutionnel qui s’installe aux États-Unis.
Mais l’efficacité de cet élément factuel est double, parce qu’en même temps, il permet de détourner les projecteurs braqués sur le territoire étatsunien, d’occulter, le temps du mondial, la haine de ses actuels dirigeants envers les immigrés et particulièrement les Noirs, les Afro-Américains et les Latinos! Quel succès médiatique, diplomatique et culturel que de parvenir à détourner les yeux du monde entier de la police fasciste (ICE) de Trump qui chasse, traque, déporte et tue les migrants comme des chiens et de l’orienter sur la société argentine qui coïncidemment offre le reflet du racisme anti noir états-unien!
Nul contexte ne pouvait être plus favorable, pour mettre à contribution la noblesse du sentiment de lutte contre le racisme et générer le chaos autour de l’Albiceleste. Et c’est là qu’entre en jeu le deuxième élément factuel du contexte : l’élément footballistique.
Taper sur l’Argentine pour cristalliser la haine du fascisme
En effet, depuis la victoire de l’Albiceleste sur les Bleus en 2022, un climat certain de haine s’est installé un peu partout dans le monde envers la sélection argentine. Climat d’abord grandement nourri en France, notamment en raison des gestes provocateurs de certains joueurs argentins après la finale, mais aussi par le fait qu’après la victoire de l’Argentine en Copa America en 2024, certains des joueurs auraient insulté, au cours de leurs festivités, les joueurs français d’origine africaine, par des chants racistes : « Ils jouent pour la France mais sont tous d’Angola! ». Climat étendu dans le monde, durant le mondial 2026, au fur et à mesure de la progression de l’Argentine et des performances saluées de Messi qui était en lice pour remporter tous les trophées individuels, 24 heures avant la petite finale entre la France et l’Angleterre et 48 heures avant la finale que l’Albiceleste a perdu contre la Roja.
On imagine bien le mal que cela a dû faire aux fans du Brésil et du Portugal dans le monde entier, mais aussi aux fans de la France qui aimeraient bien voir Dembélé ou Mbappe couronné ballon d’Or 2026. Ce sentiment de haine envers l’Albiceleste s’est amplifié durant le mondial 2026, depuis l’affaire de l’annulation du carton rouge du joueur étatsunien sur ordre de Donald Trump. Quel plus beau contexte, que celui enchevêtré entre géopolitique et football, pour discréditer le parcours de l’Albiceleste que la triangulation que forme le rapprochement idéologique entre son président fasciste Javier Milei, son homologue des États-Unis et le premier ministre génocidaire d’Israël, Benjamin Netanyahu. Triangulation qui, par la relation privilégiée entre Donald Trump et Gianni Infantino, permet de prendre la diagonale pour dessiner une géométrie hybride, sous la forme d’un carré d’intérêts fascistes, racistes et mafieux, ayant pour sommet les 4 personnages les plus détestés dans le monde.

Carré qui, pour cause, est automatiquement inscriptible dans le cercle de la militance internationale antiraciste, antifasciste qui a des revanches à prendre sur Trump et Netanyahu. Carré au centre duquel s’est trouvée piégée l’équipe d’Argentine. Quel autre pays remplit mieux les conditions pour être livré à la condamnation et au mépris de l’antiracisme militant que celui dans lequel :
- Les caractéristiques du non métissage de sa société sont visibles dans sa sélection de football;
- Les pulsions sanguines et les penchants taquins d’une grande majorité de sa population attisent le mépris un peu partout dans le monde;
- La domination insolite de son messie footballistique sur le toit du monde, depuis plus de 15 ans, en fait une cible idéale pour la haine collective des fanatiques des autres pays, tout heureux de trouver un bouc émissaire pour justifier les échecs de leurs sélections favorites.
- Les liens fascistes de son président avec deux des personnages politiques les plus détestés au monde placent sa population sous le feu des critiques.
Sans oublier que l’Union des associations européennes de football (UEFA) n’a pas digéré et refuse d’appliquer certains changements introduits par la FIFA pour plaire à Donald Trump. Ce qui crée des tensions dans l’industrie du football, à l’approche de l’élection pour remplacer Gianni Infantino.
Les ingénieurs du chaos du néolibéralisme sauvage ont exploité ce contexte avec habileté et capitalisé sur les colères légitimes des peuples de la planète envers les prédateurs Trump, Netanyahu et Milei. Lesquels forment un trident maléfique ayant le potentiel d’attirer toute la haine du monde, comme le paratonnerre attire les éclairs. Ce potentiel a été mis à contribution durant la Coupe du monde, permettant ainsi de surfer sur le déchainement des passions et de la déraison propres à un tel contexte.
Edouardo Galeano a expliqué dans Football, ombre et lumière (2004), l’état mental d’incohérence dans lequel vit un fanatique de football : c’est « le supporter à l’asile ». Celui qui excelle dans « l’art de nier l’évidence ». C’est « l’humilié qui devient humiliant, le peureux qui fait peur ». Celui qui lors d’un match de foot a « beaucoup de revanches à prendre ». Celui pour qui « le plaisir du foot ne réside pas dans la victoire de son équipe, mais dans la défaite de l’autre ». Celui pour qui « tous les arbitres sont des vendus, tous les adversaires sont des tricheurs ».
En combinant ce cocktail de haine politique et de passion footballistique déraisonnée, les ingénieurs du chaos ont anticipé le changement souhaité par une grande partie de la population mondiale qui cherchait avidement une occasion pour déverser ses colères. Et se venger des politiques racistes pratiquées par les dirigeants du trident fasciste et hideux du XXIème siècle. Et l’Albiceleste, hélas par les comportements teigneux de certains de ses joueurs, a attisé cette campagne de haine. Si bien que, partout, des gens raisonnables se sont retrouvés dans un désir partagé de voir l’Espagne sacré champion du monde, puisque convaincus qu’une victoire de l’Albiceleste aurait été géopolitiquement récupérée par le camp du mal formé par le trident Milei, Trump et Netanyahu.
ENCADRÉ
La FIFA punit l’Argentine pour une bagarre et pour la banderole concernant les Malouines
Publié le 29 juillet 2026
La FIFA a imposé des mesures disciplinaires mercredi contre deux joueurs argentins pour avoir frappé des adversaires espagnols quelques instants après la finale de la Coupe du monde. Elle a également sanctionné la Fédération argentine pour avoir laissé ses joueurs brandir une banderole à caractère politique concernant les îles Malouines après leur victoire contre l’Angleterre, en demi-finale.
Lire la suite sur Radio-Canada

Merci de commenter