Dans la première partie de ce dossier, nous avons évoqué des données contextuelles permettant de supposer que l’édition 2026 de la Coupe du monde de la FIFA a été exploitée à des fins de manipulation psychologique. Cette deuxième partie identifiera le cas – de l’Argentine en l’occurrence – qui semble relever de cette manipulation et précisera en quoi celle-ci a un enjeu géostratégique potentiel.
Sans parti pris ni fanatisme envers la sélection de football, cet exemple est pris pour une raison claire. Il s’agit de prouver, s’il en était besoin, combien la perversion néolibérale sait exploiter les failles de pensée rationnelle des individus, en se glissant dans les fissures de leurs affects, leurs sensibilités idéologiques et leurs passions pour en tirer son bénéfice. Notre propos étant de situer ce débat comme une démarche de pensée critique, commençons par définir pour mieux préciser l’objet de cette stratégie de manipulation que les experts en ingénierie cognitique appellent influence cognitive orientée.
Définition, hypothèse et objet
Dans l’article Guerre cognitive et influence psychologique (2024), Bernard Claverie et Jean-François Trinquecoste précisent que : « L’influence cognitive orientée consiste […] à altérer, modifier ou empêcher le déroulement autonome de la pensée d’une cible humaine ». Évidemment, le lecteur avisé pose immédiatement la question : quel peut être l’objectif d’une telle stratégie? pour qu’elle ait été utilisée, comme nous le postulons, pendant la Coupe du monde au détriment de l’Albiceleste.
Selon ces auteurs, « l’objet de l’influence cognitive orientée […] est d’abord l’intelligence conçue dans ses dimensions de rationalité, consciente ou inconsciente. Elle peut s’appuyer sur les automatismes de pensée, […] et utilise pour cela les habitudes, les traits de personnalités, les croyances et convictions, et toutes les dimensions utiles du souhait de conformité sociale, de la psychologie des relations interpersonnelles, des croyances, ou des contraintes psychosociales et cognitives. Elle s’attache également à agir sur l’affectivité, notamment sur le stress, les émotions et la motivation, à provoquer ou entretenir les conflits psychiques, et à exploiter l’écart référentiel au modèle que certains recherchent et d’autres redoutent ».
Ceci étant posé, venons-en au cas qui illustre la factualité de la campagne d’influence cognitive orientée qui a été mise en œuvre pendant la CDM 2026.
L’exemple de cas de la campagne de manipulation
Le football étant, par ses dimensions paradoxales, un jeu à enjeux complexes, il offre le contexte parfait pour les stratégies de manipulation ci-dessus évoquées. Mais certains ne connaissent de manipulation dans le football que les stratégies de récupération des régimes fascistes et dictatoriaux. Lesquels cherchent toujours à s’attribuer les victoires de la sélection de football de leur pays et à exploiter l’euphorie populaire qui les accompagnent pour vendre l’image de l’unité nationale, et se donner ainsi une légitimité pour se maintenir au pouvoir. Cependant, ils connaissent moins les récupérations qu’en en font aussi les démocraties. Lesquelles exploitent l’euphorie populaire que suscite le football pour diverses stratégies de diversion géopolitique : entre autres, faire passer des lois scélérates ou détourner l’attention collective des préoccupations politiques, économiques et sociales qui auraient provoqué autrement de massives protestations.
C’est un peu ce qui s’est passé aux États-Unis durant la CDM 2026 et qui a permis d’alimenter une fulgurante campagne de désinformation contre la sélection Albiceleste et ses joueurs durant le tournoi. Mais en quoi a consisté cette campagne? Selon le site Foot Mercato , les footballeurs argentins ont « évolué dans un climat hostile, alimenté par une succession de polémiques qui ont largement dépassé le cadre sportif ». Des dénonciations de racisme, des rumeurs de matchs truqués par la FIFA en faveur de l’Albiceleste et de Messi, « des accusations liées au comportement de certains de ses joueurs, des critiques sur le style de jeu jugé trop rugueux ont nourri, à travers une avalanche de publications virales, un climat extrêmement tendu. […] Les réseaux sociaux se sont transformés en un véritable champ de bataille numérique où des extraits de vidéos, sortis de leur contexte, et des accusations sans fondement se sont multipliés, alimentant une campagne devenue incontrôlable », car située à la limite de la haine raciale.
Le site du Onze mondial a même publié une pétition qu’auraient signée 25 millions de personnes environ, dans le monde entier, pour demander d’exclure à jamais l’Albiceleste de la Coupe de monde. C’est bien une campagne portée à la limite extrême de la haine d’un peuple. C’est tout de même dommage que ces 25 millions de personnes n’étaient pas encore nées lorsque, sur ordre de Donald Trump, l’armée étatsunienne avait fait bombarder, en février 2026, une école maternelle en Iran; lequel bombardement avait entrainé, selon l’Unicef, l’assassinat de 168 mineures, âgées de 7 à 12 ans. Sans doute que si elles étaient nées avant le 28 février 2026, par leur vibrant et spontané engagement humaniste contre la violence et le racisme, elles auraient fait une démarche similaire. Et peut-être que celle-ci aurait permis sinon de boycotter totalement la Coupe du monde 2026, du moins d’empêcher son déroulement sur le territoire étatsunien. Mais survolons les engagements militants d’imposture, allons au cœur de la problématique.
Mais de quel contexte de faits a bénéficié cette campagne? Quelles défaillances humaines, quels ressentiments footballistiques, historiques et géopolitiques ont-ils concordé, durant le mondial, pour permettre à cette campagne d’avoir eu cette virale réussite? La prochaine partie mettra en évidence ce contexte qui a été exploité et a permis le succès de cette manipulation contre l’Argentine.

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