Longtemps avant l’expansion des groupes armés, l’État haïtien éprouvait déjà de grandes difficultés à contrôler les trafics transfrontaliers et la traite des personnes. Les zones frontalières haïtiano-dominicaines ont historiquement constitué des espaces privilégiés pour le développement de ces pratiques illicites. Aujourd’hui, à cause de l’affaiblissement de l’autorité publique et la montée en puissance des gangs armés dans plusieurs régions stratégiques du pays, cette problématique prend une dimension encore plus alarmante.
La traite des personnes est reconnue comme un crime transnational par l’Organisation des Nations unies (ONU). L’article 3 du Protocole additionnel à la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée (2004) définit expressément ce terme.
La définition met en évidence plusieurs formes graves de violations des droits humains : fraude, tromperie, abus d’autorité, exploitation de la vulnérabilité et marchandisation des personnes. Ces pratiques portent atteinte à la dignité humaine et imposent une réflexion approfondie sur les mécanismes de protection des victimes ainsi que sur les moyens de lutte contre les réseaux criminels.
Plus qu’une simple question migratoire
Dans ce contexte, la traite des personnes ne peut être réduite à une simple question migratoire. Elle s’inscrit dans des réseaux structurés générant d’importants profits économiques au détriment des populations les plus vulnérables. Les frontières deviennent alors des espaces de criminalité organisée où se croisent trafiquants, passeurs et groupes armés.
La situation est particulièrement préoccupante depuis la prise de contrôle de plusieurs axes stratégiques, notamment dans la zone de Tabarre-Ganthier, par le groupe armé « 400 Mawozo ». Cette emprise territoriale accentue les risques liés au trafic et à la traite des personnes dans les régions frontalières.
Plusieurs organisations de défense des migrants et des droits humains, notamment le Service Jésuite aux Migrants (SJM-Haiti-Solidarite Fwontalye), le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés, le Collectif des organisations pour la défense des droits des migrants et rapatriés, le Collectif des Jeunes de Gros-Balancé pour un autre Ganthier ainsi que d’autres structures de défense des droits humains, alertaient régulièrement sur la gravité de la situation. Toutefois, l’insécurité généralisée et le contrôle exercé par les groupes armés sur plusieurs zones de la région métropolitaine ont considérablement réduit leurs capacités d’intervention.
Urgent!
Le phénomène de la traite des personnes s’est particulièrement développé au cours des années 1990, durant la période de l’embargo imposé à Haïti. Cette période a provoqué d’importants déplacements internes vers les zones frontalières, tandis que la République dominicaine devenait l’un des principaux fournisseurs de produits de consommation pour Haïti. Depuis lors, les réseaux de traite et de trafic de personnes se sont progressivement renforcés dans les espaces frontaliers.
Le SJM-Haiti-Solidarite-Fwontalye souligne également que la traite des personnes demeure particulièrement active dans plusieurs régions frontalières, notamment à Ouanaminthe, Dajabón, Malpasse et Jimaní. Des réseaux composés à la fois d’Haïtiens et de Dominicains y opèrent avec l’appui de passeurs, d’intermédiaires et parfois de chauffeurs assurant le transport clandestin des victimes.
Dans certains points frontaliers non officiels, notamment à Fonds-Verrettes et Cornillon-Grand-Bois, le phénomène apparaît encore plus fréquent en raison de la faiblesse du contrôle étatique et de la porosité des frontières.
Aujourd’hui, l’expansion des groupes armés dans les régions frontalières, qu’elles soient officielles comme Malpasse ou non officielles, accentue davantage les inquiétudes. La perte de contrôle de ces espaces par l’État favorise le développement d’activités criminelles transnationales dont les conséquences humaines sont dramatiques. Une telle situation, combinée à la crise sécuritaire actuelle, risque d’aggraver silencieusement un phénomène déjà profondément enraciné dans la réalité haïtienne. Dès lors, il devient urgent de repenser les politiques publiques de sécurité frontalière, de protection des migrants et de lutte contre les réseaux de traite.

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