Rapporte-t-on que Dumarsais Estimé, ayant conquis le pouvoir d’État dans l’indifférence, la froideur du peuple et des ayants droit bien pensants de la société haïtienne, s’est demandé : « Qu’est-ce que je vais faire pour ce pays…? » Pourtant, ce pauvre paysan des Verrettes – bien qu’effrayé sans doute par l’immensité de la mission à accomplir – ne s’était pas abandonné à la fatalité, au sort fixé à l’avance en tant que chef d’État de ce pays déjà orienté vers la déchéance, en dépit de sa glorieuse histoire d’indépendance. Il pouvait entrer comme tant d’autres dans le moule : ne rien tenter, boucler son mandat paisiblement, faire son beurre – ainsi que celui de ses acolytes, son parti –, jouir des fonds détournés ou volés puis mourir de sa belle mort dans la honte, dans l’impunité totale.

Dumarsais Estimé, ancien président d’Haïti (1946-1950). dLOC
Non…! Il a voulu être un choisi, un élu et, pour cause, il a choisi sa destinée. Il a pu, sans conteste, vaincre les réticences, préjugés du début et a réalisé ce que bien d’autres n’ont pas su, pu dans la dignité, la foi citoyenne et patriotique. Si sa vision éclairée, ses projets grandioses ne lui ont pas épargné des persécutions, un coup d’État, avant le terme de son mandat, ils lui ont donné la satisfaction d’être gravé en marbre dans la mémoire collective… Son départ ne s’était pas fait dans l’indifférence mais a été ponctué des salves silencieuses du regret amer…!
Ce n’était pas le hasard! Si c’est une chance, il ne l’a pas attendue, il l’a fabriquée! Il a déployé l’effort préalable, indispensable…!
Savoir et prévoir
Dans la démocratie chrysocale, de pacotille à l’occidentale, personne ne peut soustraire, violer, ravir le droit de quelqu’un de prétendre vouloir diriger un pays à un niveau quelconque des pouvoirs d’État… Mais il faut un préalable à tout…! Apprendre à penser, à réfléchir, à bien dire avant de se proposer d’être orateur… S’assurer qu’il y a du papier hygiénique et de l’eau avant de faire ses besoins, gros ou petits… Trouver un travail, ouvrir un commerce avant de fonder une famille, faire des enfants qui ne demandent pas de naître, de vouloir posséder biens meubles et immeubles. « Ranje kabann ou anvan w dòmi »…
Si vous voulez avancer des thèses contraires, c’est que vous admettez que des individus sans vision ni projet, n’ayant jamais pensé à l’élaboration d’un programme politique, d’un projet de société puissent s’autoproclamer leaders, chefs de parti, militants politiques. Il doit y avoir un préalable à tout…! Dans ce pays « on ne sait jamais », le mal « existe », « tout voum se do », il faut enfin casser le moule des dirigeants par hasard et au hasard, motivés par le seul désir de sortir du lot, de tirer leur épingle d’un jeu de poker coquin… Il faut qu’ils puissent se prémunir de la volonté ferme d’employer ces outils indispensables pour poser des actions, prendre des décisions en faveur de la population..!
Peut-on vouloir s’installer derrière le volant d’une voiture de luxe, haut de gamme, sans avoir au préalable appris à conduire pour décrocher son permis, s’orienter, identifier sud et nord, gauche et droite? Il faut connaître les routes, les lois de la circulation… Même pour faire machine arrière, il faut fixer le rétroviseur pour s’assurer de la direction à prendre pour sombrer dans l’abîme, dans l’effondrement…
Il faut préalablement savoir, prévoir presque tout…

Laisser un commentaire