À un moment de la vie du pays, tout le commerce se concentrait au Bord de mer, le centre-ville dans son tracé en damier colonial. Celui-là quadrillé par la Banque centrale et les banques privées de l’époque (dont certaines subsistent encore), par les rues Pavée et Césars, par les quartiers du Morne à Tuf et Bélair ainsi que par le plus grand marché, la Croix des Bossales. Juste un nom, rien qui pourrait immortaliser, dans la mémoire collective, traitre négrière, esclavage, colonisation, Code noir; constituer un haut lieu de pèlerinage des Africains et Afrodescendants de tous les continents… Le Bicentenaire construit dans la Baie de Port-au-Prince, se situant dans un autre contexte, ne sert pas beaucoup à l’objet de notre réflexion…
Comment comprendre que cette zone historique majeure ait pu se retrouver dans un état d’insalubrité extrême avant d’être dévastée par le séisme du 12 janvier 2010, même quand la plus grande partie de sa surface est gagnée sur la mer accueillant le plus grand Quai du pays…? Comment comprendre qu’elle soit voisine du plus fameux bidonville, Cité Soleil, théâtre des premiers pas des gangs armés, pourtant élevé au rang de commune…? Comment comprendre qu’elle soit désertée par les grands commerces, envahis par l’informel, qui ont grimpé vers Lalue puis vers Pétion-ville, devenue une Croix-des-Bossales d’insalubrité, de promiscuité…? Au grand mépris des descendants de Pétion qui en avaient fait leur deuxième résidence de luxe…!
Il y a bien là l’objet d’études psychosociales pour déterminer les raisons justes, fondées de l’incapacité des couches sociales à se rassembler pour penser le collectif, le durable même pour défendre de leurs intérêts individuels, personnels…!
Les bourgeois, la classe possédante ou économique (remarquez que nous ne parlons pas de mulâtres) n’ont pas pu, su se mettre ensemble pour collecter les résidus solides, fatras, boue puante (que certains disent qu’ils gardaient tel un épouvantail pour dissuader les commerçants de classe moyenne de s’y installer)… Ils n’ont pas fait le nécessaire pour assainir, moderniser le centre-ville : centre d’achat de produits de luxe, alimentaires, restaurants, cafés et bar auxquels il était destiné dans la vision optimiste de créer des pavillons de tous les pays pour attirer touristes, marins, promeneurs…!
Non plus, les professionnels, commerçants de classe moyenne, les « madan sara » n’ont pas pu, su profiter du départ en catastrophe des établissements mulâtres – qui généralement fuient pour les tenir à distance – pour s’approprier de la zone et faire ce que de droit pour le bonheur du collectif dans la défense de leurs intérêts de classe ou individuels…!
Faut-il en déduire que même les groupes formés cachent silencieusement l’incapacité à penser aux intérêts collectifs de leurs membres et se comportent comme la somme de la vision mesquine, « fant zotèy », de petites individualités familiales économiques ou financières?
Il est un besoin impérieux que toutes celles et tous ceux qui s’affirment Haïtiennes et Haïtiens approprient ou s’approprient de l’espace territorial comme bien, patrimoine collectif à préserver, conserver, rénover, à faire fructifier, à embellir, à défendre contre tout ce peut contribuer à sa déchéance partielle ou totale. Non de continuer à le considérer comme fonds de commerce, port de transit, de contrebande, de piraterie, de rapine ou de toute autre transaction louche…
Sinon, nous vous conseillons de bien dégager puisqu’au temps béni de la Reconstruction nationale, ce moule d’apatrides sera cassé pour faire place aux citoyens, patriotes, nationalistes!

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