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Il faut examiner la dégradation historique et socio-économique du centre-ville de Port-au-Prince, autrefois prospère, devenu insalubre puis abandonné. Voici une réflexion sur l’absence de solidarité parmi les classes sociales pour rénover l’espace, évoquant la nécessité d’une appropriation collective du territoire par les Haïtiens pour préserver leur patrimoine et promouvoir un développement durable.

Avatar de Pierre Manigat Junior

À un moment de la vie du pays, tout le commerce se concentrait au Bord de mer, le centre-ville dans son tracé en damier colonial. Celui-là quadrillé par la Banque centrale et les banques privées de l’époque (dont certaines subsistent encore), par les rues Pavée et Césars, par les quartiers du Morne à Tuf et Bélair ainsi que par le plus grand marché, la Croix des Bossales. Juste un nom, rien qui pourrait immortaliser, dans la mémoire collective, traitre négrière, esclavage, colonisation, Code noir; constituer un haut lieu de pèlerinage des Africains et Afrodescendants de tous les continents… Le Bicentenaire construit dans la Baie de Port-au-Prince, se situant dans un autre contexte, ne sert pas beaucoup à l’objet de notre réflexion…

Comment comprendre que cette zone historique majeure ait pu se retrouver dans un état d’insalubrité extrême avant d’être dévastée par le séisme du 12 janvier 2010, même quand la plus grande partie de sa surface est gagnée sur la mer accueillant le plus grand Quai du pays…? Comment comprendre qu’elle soit voisine du plus fameux bidonville, Cité Soleil, théâtre des premiers pas des gangs armés, pourtant élevé au rang de commune…? Comment comprendre qu’elle soit désertée par les grands commerces, envahis par l’informel, qui ont grimpé vers Lalue puis vers Pétion-ville, devenue une Croix-des-Bossales d’insalubrité, de promiscuité…? Au grand mépris des descendants de Pétion qui en avaient fait leur deuxième résidence de luxe…!

Il y a bien là l’objet d’études psychosociales pour déterminer les raisons justes, fondées de l’incapacité des couches sociales à se rassembler pour penser le collectif, le durable même pour défendre de leurs intérêts individuels, personnels…!

Les bourgeois, la classe possédante ou économique (remarquez que nous ne parlons pas de mulâtres) n’ont pas pu, su se mettre ensemble pour collecter les résidus solides, fatras, boue puante (que certains disent qu’ils gardaient tel un épouvantail pour dissuader les commerçants de classe moyenne de s’y installer)… Ils n’ont pas fait le nécessaire pour assainir, moderniser le centre-ville : centre d’achat de produits de luxe, alimentaires, restaurants, cafés et bar auxquels il était destiné dans la vision optimiste de créer des pavillons de tous les pays pour attirer touristes, marins, promeneurs…!

Non plus, les professionnels, commerçants de classe moyenne, les « madan sara » n’ont pas pu, su profiter du départ en catastrophe des établissements mulâtres – qui généralement fuient pour les tenir à distance – pour s’approprier de la zone et faire ce que de droit pour le bonheur du collectif dans la défense de leurs intérêts de classe ou individuels…!

Faut-il en déduire que même les groupes formés cachent silencieusement l’incapacité à penser aux intérêts collectifs de leurs membres et se comportent comme la somme de la vision mesquine, « fant zotèy », de petites individualités familiales économiques ou financières?

Il est un besoin impérieux que toutes celles et tous ceux qui s’affirment Haïtiennes et Haïtiens approprient ou s’approprient de l’espace territorial comme bien, patrimoine collectif à préserver, conserver, rénover, à faire fructifier, à embellir, à défendre contre tout ce peut contribuer à sa déchéance partielle ou totale. Non de continuer à le considérer comme fonds de commerce, port de transit, de contrebande, de piraterie, de rapine ou de toute autre transaction louche…

Sinon, nous vous conseillons de bien dégager puisqu’au temps béni de la Reconstruction nationale, ce moule d’apatrides sera cassé pour faire place aux citoyens, patriotes, nationalistes!

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Une réponse à « Incapables de penser le collectif »
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  1. Avatar de Erno Renoncourt
    Erno Renoncourt

    Cher PMJ, comme vous le constatez, autant je m’étais opposé à votre analyse sur l’Argentine, dénonçant la dissonance cognitive des supporteurs afro-américains de l’Albiceleste, autant je vous rejoins dans plusieurs de vos analyses sur Haïti. En témoignent mes commentaires.

    Justement, par celui-ci, je viens saluer l’approche de votre réflexion sur l’appropriation collective du territoire comme préalable à la construction d’une autre Haïti. Cela confirme qu’il existe encore quelques uns qui savent penser dans la profondeur, en deçà des vagues de défaillance politique qui s’écument à la surface. Il est manifeste que les mutations territoriales, économiques, environnementales et sociales qu’Haïti a expérimentées durant ses 222 ans d’existence comme pays indépendant, sont le résultat de décennies d’interactions et de rétroactions médiocres de la population avec le pays, le territoire, les institutions et avec elle-même.

    Haïti a perdu la capacité de traiter ses problèmes, car la fusion entre territoire, population et pouvoir, qui donne sens et cohérence à l’État, s’est évaporée dans des intérêts transnationaux toxiques et criminels. Une enquête personnelle auprès de 200 personnes m’a permis de constater que plus de 80% des membres de l’Administration publique haïtienne ont une résidence en terre étrangère, leurs enfants ont une autre nationalité et vivent ailleurs. A chaque cycle de chaos, ils fuient le pays et ne reviennent que pour participer à sa shitholisation ou s’encanailler dans les fêtes champêtres.

    Nous n’avons pas encore des élites qui comprennent que les rapports d’un collectif avec son pays, la qualité de ses interactions avec sa société, ses rétroactions avec son environnement, l’authenticité de ses engagement pour le changement sont étroitement dépendants de la manière dont il approprie le lieu et le territoire sur lequel il évolue. Les lettrés haïtiens qui fuient le pays disent que c’est l’insécurité qu’ils fuient. Or une approche systémique des sociétés humaines permet de comprendre que le chaos et l’instabilité ne perdurent en un lieu humainement habité que par dégradation de l’intelligence et incapacité à donner sens aux données du contexte pour faire baisser l’entropie. C’est pour cela que je cherche à vulgariser les manuscrits de l’axiomatique de l’indigence, pour permettre à un plus grand nombre de comprendre que l’instabilité ne peut pas mettre en déroute l’intelligence. Partout où règne le chaos, c’est parce qu’il y a une défaillance humaine et une déficience de l’intelligence qui empêchent d’exploiter les ressources contextuelles du dit-lieu pour faire régner un équilibre propice à une vie digne.

    Quand on s’attache à un lieu, on ne l’inonde pas d’ordures, on ne pense pas à le fuir, on ne dégrade pas la qualité de la vie publique. Or c’est l’attachement au territoire qui est le gradient de l’intelligence collective d’une population. Est-il besoin d’autres causes pour expliquer pourquoi nous avons fait de ce territoire un shithole, quand plus de 80% d’entre nous ne cherchent qu’à le fuir ?

    Mon commentaire risque d’être aussi long qu’un article.

    A bientôt.

COMMENTAIRES DES LECTEURS ET LECTRICES

  1. Avatar de Erno Renoncourt
  2. Avatar de Nouvayti
  3. Avatar de Erno Renoncourt
  4. Avatar de Inconnu
  5. Avatar de Nouvayti
  6. Avatar de Inconnu
  7. Avatar de Gilbert Mervilus

    Cher Maestro, Le texte « Makout versus gangs armés » est une radiographie clinique d’une justesse implacable. En opposant la…

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