Blocage des Lycées, manifestations légitimes, victimes de répression policière… Ces jeunes n’en démordent pas. Leur mobilisation se poursuit malgré un bilan préoccupant (main arrachée, camarade éborgné, des milliers d’autres placés en garde à vue, etc.). Dans quelle mesure les principes proclamés au nom des droits de l’homme sont-ils garantis lorsqu’un mouvement de contestation est porté par des adolescents? Comment peut-on parler des droits de l’homme quand la matraque, la brutalité et la répression deviennent des moyens de freiner toute revendication légitime?
Le 5 octobre 2026, la LDH a alerté sur une dégradation préoccupante de l’État de droit, s’interrogeant sur le respect des droits fondamentaux. Sa présidente, Nathalie Tehio, a notamment dénoncé le non-respect du cadre légal lors des interventions des forces de l’ordre face aux lycéennes et lycéens, selon France Info. « Le droit international n’est pas non seulement respecté, il est complètement bafoué », s’exprimait-elle lors d’une conférence de presse, de concert avec d’autres organisations et syndicats en soutien au mouvement lycéen.
Au-delà du contexte immédiat de cette mobilisation, il y a lieu de réfléchir sur la portée effective des principes de liberté, d’égalité et de dignité humaine. Remontons au 1er janvier 1804 qui a marqué une remise en question radicale des fondements de l’ordre politique et social dominant de l’époque.
Les droits de l’homme au prisme de la Révolution haïtienne
« La révolution haïtienne de 1804 : fruit d’un métissage de savoirs ». Wisnique Panier n’intitulerait pas ainsi son article si cette épopée ne constituait pas un véritable moment majeur de l’histoire des droits humains. Elle est à la fois une révolution anticoloniale, antiesclavagiste et profondément liée à la question raciale. Son originalité tient au fait que des hommes et des femmes anciennement réduits en esclavage ont transformé les principes de liberté et d’égalité en une revendication politique concrète : celle de leur liberté, de leur égalité et de leur pleine humanité.
Les révolutions américaine de 1776 et française de 1789 avaient contribué à consacrer des principes politiques fondamentaux comme la liberté et l’égalité. Cependant, leur mise en œuvre demeurait contradictoire avec le maintien de l’esclavage et des hiérarchies raciales. Aux États-Unis comme dans les territoires coloniaux européens, l’abolition de l’esclavage n’a pas accompagné immédiatement la proclamation de ces principes universels.
La Révolution haïtienne a précisément révélé cette contradiction. Elle a contraint les puissances esclavagistes à faire face à la question de l’universalité des droits proclamés. En ce sens, les insurgés de Saint-Domingue n’ont pas seulement revendiqué leur propre liberté : ils ont contribué à donner une portée concrète aux principes d’égalité et de dignité humaine. Ces principes ne peuvent être véritablement universels s’ils excluent une partie de l’humanité en raison de sa couleur de peau, de son origine ou de son statut social.
Haïti, par sa Révolution, oblige à repenser l’histoire des droits de l’homme à partir de l’expérience des populations longtemps exclues de leur prétendue universalité.
Dans les pays occidentaux et dans ceux qui sont influencés par ces derniers, les droits de l’homme se présentent comme une utopie. En France, le blocus des lycéens montre que leur proclamation ne garantit pas toujours leur application effective. De ce fait, considérant les violences exercées sur ses propres enfants, affirmer que c’est un pays des droits de l’homme constitue une véritable contradiction historique.

Merci de commenter