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Après l’assissanat de Jean-Jacques Dessalines en 1806, personne n’avait le droit de prononcer son nom pendant quarante ans. Par ce processus d’effacement de sa mémoire, l’Occident colonial voulait mettre en déroute la Révolution de 1791-1804. Survol historique pour réactualiser l’idéal du père fondateur de la nation haïtienne au prisme d’un regard décolonial.

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Des humains esclavisés de la colonie de Saint‑Domingue avaient renversé le système colonial et esclavagiste français au XIXᵉ siècle. Ils avaient inventé une nouvelle forme d’organisation politique et créé une entité politique et sociale qui, après la proclamation de l’Indépendance, le 1ᵉʳ janvier 1804, reprit son nom indigène : Haïti. Puis, le 17 octobre 1806 marque un tournant décisif dans le processus d’occultation de la Révolution haïtienne, jugée impensable en Occident, et d’effacement systématique de la mémoire de Jean‑Jacques Dessalines.

Crime odieux, l’assassinat de Dessalines, victime d’un guet-apens préparé par ses rivaux mulâtres et leurs complices, symbolise le projet de disparition des acquis de cette Révolution antiraciste, anticolonialiste, anti‑impérialiste et anticapitaliste. Il résulte d’une politique néocoloniale qui s’inscrit dans le processus « contre-révolutionnaire ».

Jean-Jacques Dessalines Le Grand. Photo : Britanica

Le discours de haine comme outil d’effacement

Dans ce cadre, par exemple, l’historiographie occidentale qualifie Dessalines de « barbare », de « délinquant », de « revanchard » en l’accusant de « massacrer les Blancs sans raison ». Louis Dubroca fut le premier à jeter un regard méprisant et racisant sur la bravoure de l’Empereur. Ce pamphlétaire français le décrit comme « un sauvage, un être non civilisé, un féroce africain, un ignorant, un vengeur venu d’ailleurs ». Dubroca a eu la lassitude de dresser un portrait malveillant et cruel du génie militaire et stratège haïtien. Ses pamphlets racistes dominent encore en Occident.

Le discours politique de haine, racisant et raciste construit contre Dessalines a longtemps circulé, et le narratif colonial qu’il a forgé sur le héros fondateur haïtien est loin d’être effacé.

La mémoire est la principale modalité du rapport au passé. Elle joue un rôle essentiel dans la construction de l’identité politique d’une nation. Ainsi, lorsqu’on veut faire passer un homme brave et intrépide pour un salaud, il faut déconstruire ces diatribes en actualisant l’idée de Thomas Madiou : « Dessalines fut le barbare contre la barbarie coloniale ». Comment l’humanisme et l’idéal de Dessalines peut-il inspirer aujourd’hui les luttes pour la décolonisation d’Haïti?

Populariser l’humanisme et l’idéal dessalinien

Dessalines, inépuisable, demeure une figure historique complexe, aux multiples dimensions. Concentrons-nous sur son humanisme et sa vision d’une liberté pleine, qui constituent la plus grande richesse de son héritage. En dépit de la difficulté à saisir toutes ses facettes.

Dessalines, en rejetant toute forme d’individualisme, a défendu le bien-être collectif et la liberté pleine. Il avait un mode d’organisation du pays qui visait à procurer à chaque citoyen une vie meilleure. Il prônait la répartition équitable des richesses. Il voulait une société solidaire, vision qu’il incarnait au niveau individuel et collectif. Les milieux ruraux haïtiens conservent encore les valeurs de solidarité et d’hospitalité.

Leader anticolonial, dont le projet émancipateur vise la décolonisation libératrice initiée par l’Indépendance d’Haïti, il est l’acteur principal de l’unité nationale, fondée sur un patriotisme profond. Sa pensée politique s’exprime dans ses efforts en faveur de la souveraineté, de la lutte antiraciste et anti‑impérialiste.

Son premier projet ambitieux et révolutionnaire fait d’Haïti une terre d’asile pour tous les Noirs (Africains et « Indiens » ou Autochtones). Dans ses décisions, Dessalines fait preuve d’empathie envers les peuples qui subissent l’oppression de l’esclavage. Il porte une vision radicale de la société des nations, ce qui donne à son humanisme une portée universelle.

L’humanisme a fait son chemin et, plus tard, le philosophe français Jean‑Paul Sartre (1905-1980), pour qui « l’existentialisme est un humanisme », affirme que : « Les humanistes […] proclament la liberté des hommes et des femmes à se révolter contre les oppressions, à émanciper les esprits et les corps ». L’humanisme sartrien met en avant l’idée selon laquelle « l’homme est condamné à chaque instant à inventer l’homme ». Ce réflexe d’invention est un geste en faveur de l’humanité, de la dignité et de l’émancipation.

Dessalines demeure le Héros national et le peuple haïtien se l’approprie malgré les discours malsains véhiculés par ses détracteurs. Haïti doit continuer à honorer sa mémoire et réactualiser son idéal. C’est essentiel pour reconquérir sa dignité. C’est crucial pour le droit à l’autodétermination et la justice sociale. Que le nom de Jean-Jacques Dessalines retentisse en tous lieux! À tout jamais!

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