En désaccord avec le président Bassirou Diomaye Faye qu’il a propulsé vers le sommet, Ousmane Sonko, quatre jours après s’être démis de son poste de Premier ministre, a été élu, mardi 26 mai 2026, président de l’Assemblée nationale du Sénégal. Il devient ainsi la deuxième personnalité de l’État sénégalais alors que son parti, le PASTEF, détient une large majorité avec 130 des 165 sièges au Parlement.
Ce leader populaire dont le pays fait encore vivre la démocratie a émis toutefois des réserves quant à la procédure ayant conduit à la nomination de son successeur, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, estimant qu’elle ne respectait pas pleinement les exigences institutionnelles prévues par le système politique sénégalais.
Malgré sa dénonciation, Sonko a adopté une posture marquée par une certaine retenue institutionnelle. En dépit des tensions provoquées par son éviction, il a affirmé ne pas vouloir utiliser sa nouvelle fonction pour provoquer le chaos politique ou une crise institutionnelle.
« Aucun député avec moi n’utilisera cette institution pour une vendetta personnelle ».
— Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale
Après son installation au perchoir, il a néanmoins précisé que le Parlement « ne sera pas une chambre d’enregistrement », mais une institution appelée à exercer de manière responsable ses fonctions de contrôle et de contre-pouvoir. Selon lui, seules les lois conformes à l’intérêt général mériteraient d’être adoptées.
Pourquoi le divorce entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko est-il inspirant?
L’intérêt de la nation d’abord
Cet évènement invite à une réflexion comparée sur le fonctionnement des institutions politiques et sur la nécessité de prioriser l’intérêt national malgré les rivalités partisanes. Oui, la politique devrait avant tout servir à transformer positivement la vie de la cité. En ce sens, la posture politique adoptée par Sonko pourrait inspirer les acteurs politiques haïtiens, dans un contexte où les crises institutionnelles fragilisent davantage l’État.
« Depuis plus de deux siècles, le pouvoir législatif haïtien oscille entre soumission à l’exécutif, inefficacité institutionnelle et perte progressive de crédibilité. Instrumentalisé par les gouvernements successifs ou paralysé par les crises politiques, le Parlement haïtien n’a que rarement exercé pleinement son rôle de contrepoids démocratique […] ».
— Les Cahiers de la Refondation, 27 août 2025
L’histoire politique récente d’Haïti illustre cette fragilité institutionnelle. Sous Jovenel Moïse, les relations entre la Présidence et le gouvernement de Jean-Henry Céant étaient marquées par de fortes tensions politiques voire des manœuvres politiciennes. Profitant d’un contexte de confrontation ouverte entre les deux hommes, une majorité de députés dirigée par Gary Bodeau avait engagé une procédure d’interpellation contre le Premier ministre.
À l’issue de débats constitutionnels et politiques particulièrement houleux, Jean-Henry Céant avait finalement été renvoyé, alors même qu’il se trouvait au Sénat pour répondre aux parlementaires. Cet épisode avait illustré les dérives d’un Parlement souvent utilisé comme instrument de règlements de comptes politiques et personnels plutôt que comme véritable institution de contrôle démocratique.
Tout compte fait, la redéfinition du rôle du pouvoir législatif en Haïti demeure une nécessité. Celle-ci devrait s’appuyer sur les principes de transparence, de responsabilité, de contrôle démocratique et de reddition de comptes. Il ne s’agit pas seulement de réformer les institutions, mais de reconstruire une culture politique fondée sur le respect des règles démocratiques et la primauté de l’intérêt collectif. Au-delà des conflits politiques et des querelles de pouvoir, l’intérêt supérieur de la nation devrait toujours primer sur les ambitions personnelles et les logiques partisanes.

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