Samedi 27 juin 2026. Sous un soleil de plomb, un public indulgent, composé d’étudiants et d’amateurs de culture, s’impatiente. Il attend un savoureux mets artistique préparé par Lorrane Stessie Charles, Emmanuella Brumer, alias Emmy, et Sandy Sinvilus, accompagnées au piano par Yuiko Hasegawa. La canicule, encore suffocante après 20 heures, fait grimper la température à plus de 33 degrés. Une chaleur écrasante, mais pas au point d’empêcher le déroulement de cet événement porté par Cedozarts, une association étudiante de l’Université Paris 8 engagée dans la promotion de projets artistiques et culturels.
Dans une ambiance à la fois mouvementée et tourmentée, les préposés au bar s’affairaient pour satisfaire une clientèle dense. Dans la salle, les discussions portaient sur le dérèglement climatique, en écho à cette vague de chaleur qui ralentissait peut-être l’affluence du grand public. Pour en profiter, les interlocuteurs amenaient d’autres sujets sur la table : la montée du racisme aux États-Unis sous Trump, l’engagement de Nina Simone dans la lutte pour les droits civiques, ou encore sa conception de la liberté.
Après plus d’une heure d’attente, le public n’avait rien à regretter. Sous un air de sublimation, par leurs voix envoûtantes, Lorrane, Sandy et Emmy ont transformé l’atmosphère pour le meilleur. Les interprétations de I Love You Porgy et Feeling Good (Lorrane), I Put a Spell on You et Four Women (Emmy), les lectures de Mississippi Goddam et To Be Young (Sandy), ainsi que le show piano de Sinnerman (Yuiko), ont plongé le public dans un moment de liesse.
Un spectacle qui met en scène l’histoire d’une féministe engagée
Feu Nina… n’est pas seulement un concert. Il s’agit d’une expérience artistique riche en émotions, en affects et en sentiments, traversée par des registres littéraires et musicaux qui mettent en lumière la vie et l’œuvre de Nina Simone. Le spectacle explore les grandes thématiques qui ont marqué le parcours de cette militante : féminisme, ségrégation raciale, engagement marxiste. Il révèle la dimension politique de son art, sa force créatrice et son génie musical.
Figure emblématique de l’antiracisme, Nina Simone est l’une des principales représentantes du jazz vocal. Très engagée dans le mouvement de défense des droits civiques aux États-Unis dans les années 1960, elle a mis sa musique au service des sans-voix, des personnes déshéritées et racisées. Elle a lutté pour le bien‑être de toutes et tous, et surtout pour la liberté, qu’elle résumait ainsi : « La liberté pour moi : ne pas avoir peur. »
Héritage continu de l’esthétique de l’engagement
Puissante et radicale, l’œuvre de Nina Simone constitue une source d’inspiration pour de nombreuses générations. Le fait que des femmes racisées rendent hommage à Nina à Paris revêt une portée symbolique forte. Ce geste de mémoire s’inscrit dans le prolongement de son esthétique de l’engagement. Il montre comment la musique, la parole et la poésie peuvent être utilisées comme outils de lutte contre le racisme anti‑noir à travers le monde, comme le préconisait Nina Simone. C’est cette logique qui guide la création de ces artistes et militantes féministes haïtiennes, à travers leurs voix, leurs sensibilités et leurs passions.

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