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Le limogeage de Hans Ludwig Joseph, directeur de l’ULCC, ravive les débats sur l’indépendance des institutions anti-corruption en Haïti. Malgré des efforts pour lutter contre la corruption, celle-ci reste enracinée dans l’histoire du pays. Un changement est nécessaire pour établir une gouvernance basée sur l’intégrité.

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En ce début de juillet 2026, la révocation du directeur général de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), Hans Ludwig Joseph, a relancé le débat sur l’indépendance des institutions de contrôle en Haïti. Au cours de son mandat (2020-2026), il a engagé plusieurs enquêtes visant de hauts responsables publics. Il a également affirmé sa volonté de poursuivre la lutte contre la corruption en dépit des pressions.  

Ce limogeage  soulève, en effet, la question de la capacité des organismes de contrôle, comme l’ULCC, à exercer leur mission en toute autonomie. Sans s’en tenir aux interprétations politiques, cet épisode ne rappelle-t-il pas que la lutte contre la corruption dépend autant de la solidité des institutions que de la volonté des dirigeants politiques?

Pour atteindre l’efficacité, l’ULCC doit être soustraite à toute emprise politique, à l’instar de la fonction de commissaire du gouvernement, dont l’indépendance fait également débat. À défaut de garanties institutionnelles solides, elle risque d’être réduite à un simple fusible, susceptible d’être sacrifié à tout moment lorsque le pouvoir politique l’estime nécessaire.

La corruption, un héritage historique

La corruption ne constitue pas un phénomène récent en Haïti; lequel est classé 169e sur 182 pays dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Elle s’inscrit dans une longue continuité historique. Dans La fabrique de la corruption en Haïti, Claire Antone Payton montre que les mécanismes d’extraction des richesses hérités de la période coloniale ont survécu à l’indépendance de 1804.

Les élites ont largement reproduit un système fondé sur la captation des ressources et l’utilisation des institutions à des fins d’enrichissement personnel. Sous François Duvalier, cette logique atteint un niveau inédit avec l’organisation d’un système de corruption intégré à l’appareil d’État. 

Cette culture de la corruption se manifeste également dans les pratiques électorales. Le « vote tafya » a laissé place au « vote à 1 000 gourdes » depuis quelque temps. Les méthodes changent, mais la logique demeure. Acheter les consciences plutôt que de convaincre l’électorat.

Jean Price-Mars rappelait déjà que la question haïtienne était d’abord une question sociale et politique. Son observation demeure d’actualité. Le problème n’est pas simplement de remplacer un dirigeant par un autre. Mais de rompre avec un système qui récompense davantage les réseaux de corruption que la compétence, l’intégrité et le sens du bien commun.

La société haïtienne est ainsi confrontée à un double piège. D’un côté, l’incompétent corrompu conduit l’État vers l’inefficacité, l’affaiblissement des institutions et la crise permanente. De l’autre, le capable corrompu administre parfois avec efficacité, mais au service d’intérêts privés. Dans les deux cas, l’intérêt général est sacrifié. L’incompétent corrompu et le capable corrompu ne sont, au fond, que deux capitaines qui se relaient à la barre d’un même navire.

La véritable alternative n’est donc pas de choisir entre un dirigeant compétent ou incompétent, mais entre une gouvernance fondée sur l’intégrité et une gouvernance fondée sur la corruption. Tant que la compétence est mise au service de la prédation ou que l’incompétence s’accompagnera de la corruption, Haïti restera prisonnière du  système établi.

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