La publication du rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti, pour la période d’octobre 2025 et juillet 2026, a suscité un tollé comme s’il s’agissait d’un coup de tonnerre dans un ciel serein. Comme si c’était une « révélation » surprenante. Or, attirer l’attention sur les liens des acteurs politiques avec les gangs armés ne représente qu’un fait divers pour la population. C’est plutôt juste un rappel visant à occuper l’opinion publique. Par conséquent, l’utilité de ce document onusien semble se limiter à un exercice de mémoire, retraçant le rôle de ces « commanditaires de gang » dans la crise généralisée dont la violence constitue la matrice dans le pays.
Un rapport de plus?
L’ONU a produit de nombreux rapports sur les violences politiques en Haïti. Elle a sanctionné et dénoncé les auteurs et complices du chaos haïtien. Pourtant, rien n’a jamais été entrepris sur le plan judiciaire. Aucun accusé n’a comparu devant les tribunaux. Aucune poursuite n’a été engagée. La justice haïtienne demeure un instrument entre les mains de ces criminels et de leurs complices.
Les citoyens avisés n’ont presque plus l’envie de prendre au sérieux ces « révélations » qui ne surprennent guère. Il semble que cette stratégie s’inscrit dans une démarche trompe‑l’œil, laissant la place à la promotion de la corruption. Ces rapports peinent à susciter un procès contre les personnes accusées. Le problème de la violence politique prend davantage d’ampleur, et les capacités des actrices et acteurs indexés se renforcent pour exercer le métier relevant de l’économie criminelle.
Le grand public connaît depuis longtemps les actions malhonnêtes, illicites et criminelles des responsables politiques. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ont déjà été sanctionnés par l’ONU, le Canada et les États‑Unis pour leur possible implication dans le trafic de drogue et leurs liens avec les gangs. Leurs comptes bancaires ont été gelés dans ces pays…
Les personnalités impliquées
Selon l’ONU, Alfredo Junior Antoine, Nenel Cassy, Youri Latortue, Prophane Victor, Guy Philippe, Dimitri Hérard, Rony Célestin et Rosemila Petit‑Frère soutiennent des groupes criminels, notamment Viv Ansanm, afin de servir leurs intérêts politiques et économiques. Ces gens contrôlent des bandes armées impliquées dans des meurtres, des enlèvements contre rançon suivis d’assassinats, des viols collectifs et des détournements de véhicules. Des personnalités étatiques et « des chefs de gangs criminels, établissent un système de gouvernance parallèle pour terroriser la population en toute liberté ».
D’autres acteurs économiques fournissent un appui financier et logistique aux gangs. Des politiciens et des gens d’affaires ont armé et soutenu des groupes de jeunes qu’ils instrumentalisent à des fins politiques. Ils ont créé des groupes armés qu’ils prétendent vouloir démanteler.
Les violences, les activités terroristes et les crimes contre l’humanité commis par les gangs relèvent d’une responsabilité partagée entre ces politiciens véreux et leurs alliés dans les puissances impérialistes.
À un moment donné, il faudra attaquer le mal à la source, c’est-à-dire décider de cibler les « gros poissons » qui nagent dans les eaux internationales ou se régalent sur les territoires tenus pour acquis. Quand l’ONU aidera-t-elle réellement à éclairer la population sur les véritables acteurs, les têtes pensantes, qui font circuler les armes de guerre en Haïti? Quand serait-elle prête à dévoiler les relations entre les personnalités politiques dénoncées et les pays impérialistes dans leur stratégie de destruction et de chaos en Haïti? Quand l’ONU mettra‑t-elle en lumière les manœuvres de certaines institutions internationales dans le malheur du pays? Autant de questions qui laissent espérer des révélations utiles plus pertinentes à l’avenir.

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