Certains pensent, avec dérision, que nous parlons du temps béni de la Reconstruction nationale avec un optimisme béat, angélique, comme si nous n’avions pas tâté le pourrissement, la dégradation avancée du Grand-corps social! Détrompez-vous!
Tout simplement, nous ne voulons que nul n’en prétexte ignorance de la nécessité de dompter la peur, combattre l’apathie, vaincre la pesanteur du chaos, de sortir du confort de jouissances passagères, de se détourner de la bondieuserie bourdonnante, bruyante, aveuglante du fondamentalisme chrétien. Enfin, de la nécessité de marcher dans la lumière, l’alignement, la conscience, la vérité. La vérité d’être seuls sur la terre d’Haïti, responsables de son relèvement face à la kyrielle de pays de l’Occident chrétien qui, depuis 1804, travaillent à sa perte, à son effondrement…
Optimiste béat? Nous ne serions pas si déterminés à brûler la chape de plomb jetée sur des sujets tabous dans cette société haïtienne!
Comme si nous étions étrangers à la futilité, la faiblesse, la couardise d’une société civile terne qui devrait être en ligne de front dans la bataille pour marquer la rupture totale avec un système politique désabusé, déraillé, pervers, corrompu, anachronique… Au fait, nous regardons avec une grande peine la nature de ses principales composantes et nous nous demandons sur qui, sur quoi compter pour constituer la masse critique favorable à ce tour de force, à ce virage, pour le moins, périlleux.
D’un côté, les partis politiques, ces sous-systèmes sont l’essence, l’expression même du chaos, fonction des conditions de leur création, fonctionnement au pouvoir et dans l’opposition, de leur vision crapuleuse de l’exercice du pouvoir, perception floue de la mission républicaine ou bourgeoise. À de rares exceptions, « youn pa vo lòt », des repaires d’opportunistes invétérés, d’apatrides, pire, criminels dangereux, voleurs patentés…
De l’autre, les associations d’hommes d’affaires, en majorité, génétiquement affairistes, faisant de l’argent, dans des conditions propres ou sales, n’ayant aucune volonté de travailler à l’organisation globale du pays…
Ensuite, les organismes de défense des droits de l’Homme, de ceux de la Femme qui se révèlent bien sectaires quand ils ne sont pas claniques et qui, ainsi, nous défient de croire que la défaite du droit, de la justice, de la vérité est toujours provisoire…
Et puis, la meute des inconditionnels du statu quo, par vice, ignorance, irresponsabilité, insouciance, apathie… Au nombre desquels il faut distinguer ceux qui se croient plus chrétiens que Jésus-Christ lui-même de ceux qui s’adonnent à la mendicité, au vol, la paresse, l’abus de drogue, aux choses perverses, démoniaques…
Donc, nous sommes bien conscients que la tâche est immense et les missionnaires citoyens-patriotes-nationalistes aux idées généreuses, révolutionnaires sont trop peu nombreux…
Somme toute, nous ne saurions être d’un optimisme angélique, ne croyant jamais à la chance ni à la fatalité dans la lutte des peuples comme celui d’Haïti, mentalement néocolonisés, corrompus, persécutés, en plus, dirigés par de vrais assaillants… Quand il faut casser le moule de l’esclavage, des ténèbres, de l’oppression, de la misère…Sans un travail d’éveil de la conscience, un retour sur l’histoire des errements, égarements, actes manqués, crapuleries…
Nous puisons dans notre force intérieure pour ne pas nous détourner de cette mission de reconstruire le pays, de l’obligation de forger, tenir notre propre rôle à nous, ainsi, bousculant nos anciennes limites, nous libérant de la peur, de l’intimidation des ennemis de la Patrie, ces bras invaincus depuis 1806 mais pas invincibles…Détrompez-vous!
La peur doit changer de camp!

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