Ces pays-là – une fois « évangélisés », baptisés – inscrivent dans leur Constitution la foi en la démocratie et se bercent d’illusions. Ils croient pouvoir, à l’instar de l’Évangélisateur, appliquer la démocratie comme point de départ, et non comme un aboutissement, un idéal à atteindre dans la vie sociale, pratique, réelle du système politique. C’est le cas d’Haïti, dont les dirigeants, depuis 1986, se targuent d’avancer des principes et règles démocratiques de leur choix, malhabiles et maladroits, pour gérer anarchie, populisme, dictature voilée, chaos… tout ce qui est anomique.
Un modèle métamorphosé
L’ancien Évangile étasunien est angélique et se symbolise dans la spectaculaire union, la légendaire fédération des États sous le label d’une Constitution exceptionnelle. Celle qui fixe les bases fondamentales et légales de leur fonctionnement fédéré, repose sur des institutions fortes, indépendantes, respecte en même temps la relative autonomie des États et des gouvernements locaux… Sans imaginer, un jour, le désastre que pourrait constituer un phénomène, une catastrophe naturelle appelée Trump et provoquée par un groupe d’extrémistes…!
L’histoire de ce pays nord américain, de sa fondation jusqu’à sa percée fulgurante comme puissance mondiale dominante, n’a jamais été marquée par une remise en cause des valeurs et caractéristiques essentielles de l’État et de la société. Jamais un gouverneur n’avait envisagé de se désolidariser de la fédération pour créer un État totalement indépendant… Jamais un président n’avait poussé l’Empire au bord de la chute en raison de ses frasques démoniaques, incartades répétées, accrocs et entorses à la Constitution.
Jamais un président en exercice n’avait essuyé la vive désapprobation d’un ancien, conscient des dérives concernant la morale, l’éthique, la justice étasunienne… Le seul cas connu de dérèglement du système fut l’assassinat d’un président pour de mauvaises intentions qui lui auraient été attribuées… Et là encore, crime commis sous le fameux prétexte de « sauver l’Empire ». Jamais un président n’avait affronté le désaveu du système médiatique, allant jusqu’à envisager de fonder ses propres médias gouvernementaux, publics, ou destinés à satisfaire ses fantasmes…
Rétablir l’équilibre
Tout cela doit nous amener à parler de nos tragi-comédiens, évoquant principes et règles du système démocratique pour s’accrocher à l’organisation d’élections en plein chaos. Un État haïtien virtuel, qui n’a plus le monopole de la violence légitime, ni le contrôle de l’ensemble de son territoire… qui soutient une loi électorale au-dessus des prescriptions de la Constitution… qui réduit le principe d’universalité des citoyens aux rescapés, déplacés, à ceux qui – sous la mitraille de seigneurs de guerre actifs, puissants, menaçants –tentent de survivre.
Une situation anomique, antinomique, donc incompatible avec tout processus visant au démembrement/remembrement d’une société de droit, au renouvellement périodique et régulier des dirigeants, à la continuité de l’État à travers la permanence des institutions et la régularité des missions républicaines. D’ailleurs, ce processus est complexe : il divise momentanément citoyennes et citoyens sur une base partisane, dans l’objectif de trouver un équilibre renouvelé des forces, idéologies et doctrines existantes.
Il serait donc sordide, voire diabolique, de diviser encore plus une société plongée dans un chaos frisant l’anarchie, la guerre civile… À moins que les tragi-comédiens ne veuillent normaliser, légaliser le chaos.
Lénine, relève-toi! Ils seraient devenus fous; pire, fous à lier… Sinon, ils exécutent le plan d’un fou à lier d’un Empire décadent qui ne connaît pas encore le sort qui lui sera réservé : destitution, asile, internement.
Qu’ils le veuillent ou non, la Reconstruction nationale d’Haïti s’impose et devra se réaliser envers et contre tous, un jour qui n’est pas loin…!

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