Un ancien ministre de la République démocratique du Congo (RDC) a été condamné à 10 ans de travaux forcés. En Haïti, une telle décision est sujette à interrogations. Que se passe-t-il lorsque quelqu’un passe de justicier au cœur du pouvoir à justiciable?
Le 18 septembre 2026, la Cour de cassation congolaise a condamné Constant Mutamba à dix ans de travaux forcés. Cet ancien ministre d’État, ministre de la Justice (2024-2025), était impliqué dans l’affaire FRIVAO (Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda).
Son coaccusé Chançard Bolukola Osony, ancien coordonnateur intérimaire du FRIVAO, a écopé d’une peine de sept ans. La Cour a également prononcé des interdictions concernant le droit de vote et d’éligibilité ainsi que l’accès aux fonctions publiques.
L’argent destiné aux victimes a été examiné par une juridiction suprême qui a rendu une décision pénale contre ces personnes liées au FRIVAO. La Cour a retenu notamment des détournements portant sur 1,5 million de dollars, 250 000 dollars et 284 238 dollars, et ordonné la restitution de plusieurs sommes au compte du FRIVAO.
Ces fonds étaient destinés à indemniser les victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC. Lorsque l’argent consacré aux victimes devient l’objet d’un détournement, le préjudice dépasse la perte financière. C’est le principe même de réparation qui est atteint. Or, en Haïti, c’est une tout autre histoire.
C’est ici que le regard revient vers Haïti. En 2025, Transparency International attribue à Haïti 16 points sur 100 dans son Indice de perception de la corruption et le classe 169e sur 182 pays, contre une moyenne mondiale de 42 points. Cet indice mesure la perception de la corruption du secteur public et non le nombre réel de faits de corruption commis. Il révèle néanmoins une perception dégradée des institutions publiques haïtiennes.
Regarder dans son propre miroir
Le contraste, non pas entre deux peuples, réside dans la visibilité de la responsabilité judiciaire. Si un ancien ministre peut être condamné dans une affaire portant sur des fonds destinés aux victimes. demeure en Haïti la capacité des institutions à transformer les enquêtes en procédures crédibles aboutissant, lorsque les faits sont établis, à des décisions judiciaires effectives. À quel point les institutions haïtiennes sont-elles limitées pour être incapables d’agir lorsque les personnes mises en cause appartiennent aux cercles du pouvoir?
La RDC n’est pas devenue un modèle par un seul verdict. De même,Haïti ne peut être résumé à un indice. Mais cette condamnation rappelle que la fonction publique ne devrait jamais devenir un bouclier contre la justice. La crédibilité d’un État se mesure moins à ses discours qu’à sa capacité de traiter les faits, juger les responsables selon la loi et de récupérer les fonds détournés. Kinshasa en a donné l’exemple dans cette affaire mal tournée pour l’ancien ministre. À Port-au-Prince de regarder ce (son) miroir sans détour!

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