Le constat dressé par l’Institut national de formation professionnelle (INFP) est pour le moins vertigineux. Sur 427 centres recensés à travers le pays, 306 opèrent sans accréditation. En d’autres termes, plus de 70 % de nos établissements de formation technique naviguent hors des radars de la qualité. Si le recensement dirigé par le directeur général de l’INFP, Franck Lauture, a le mérite de la transparence, il soulève des interrogations brûlantes sur l’avenir de notre jeunesse.
L’accréditation n’est pas qu’une simple formalité administrative. C’est le rempart qui garantit la solidité financière, la qualité des programmes et la sécurité des infrastructures des centres de formation couramment appelés écoles professionnelles.
Comment accepter que des milliers de jeunes investissent leur temps, leur énergie et leurs économies (ou celles de leurs proches) dans des centres dont la solvabilité n’est pas prouvée ? Que valent réellement ces « référentiels de compétences » s’ils ne sont jamais audités par les autorités régulatrices ? Malheureusement, derrière ces chiffres plane la menace d’une formation « low-cost », où les plateaux techniques ne sont que des décors obsolètes et où les enseignants manquent parfois de la double expertise, académique et terrain, pourtant indispensable.
Une géographie du déséquilibre
Le recensement révèle une concentration alarmante. Si l’Ouest mène la danse avec 142 centres, la Grand-Anse, avec seulement 7 établissements, semble délaissée. Cette disparité géographique ne condamne-t-elle pas une partie de la population à l’exode ou au chômage forcé? Le renforcement annoncé du personnel et des infrastructures pourra-t-il réellement combler ces zones d’ombre?
L’annonce de la création d’un fonds dédié à la formation technique est une lueur d’espoir. Toutefois, nous savons pertinemment que les effets d’annonce ne suffisent pas pour résoudre le problème sur le long terme. Cibler les secteurs prioritaires du marché de l’emploi est un choix rationnel. Mais les questions demeurent : comment ce fonds sera-t-il alimenté dans un contexte économique aussi fragile? Surtout, servira-t-il à subventionner la médiocrité des centres non accrédités sous prétexte d’urgence sociale, ou sera-t-il l’instrument d’une mise à niveau radicale et sans concession?
L’urgence de la rigueur
L’INFP promet des mesures urgentes et un contrôle accru. Mais la structuration du secteur ne peut plus se contenter de visites de courtoisie dans les départements où l’institution possède une antenne. L’heure n’est plus au simple constat, mais à l’action chirurgicale.

Photo : INFP
Si l’objectif est véritablement d’améliorer la qualité de la formation en Haïti, l’accréditation ne doit plus être une option, mais une condition sine qua non d’existence. Car former sans certifier, c’est, au final, trahir la promesse d’un avenir professionnel décent pour notre jeunesse.
Tout en gardant à l’esprit les limites de l’enquête et sa marge d’erreur, le défi est lancé. Transformer ces 427 structures en véritables leviers de développement ou continuer à laisser le hasard dicter la compétence de nos futurs techniciens.
Un échange avec Joseph Soirélus, consultant en éducation et formateur chez les Salésiens (Haïti), confirme une réalité :l’économie haïtienne n’est pas conçue pour les talents. La conséquence est logique mais désastreuse. Pas besoin de compétences, donc pas de programmes sérieux, ni d’accréditations, ni de contrôle. Si le constat du DG de l’INFP est alarmant, il pointe un problème systémique. Celui de l’absence quasi-totale de régulation dans les secteurs clés du pays.

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