Le contexte de faits, qui a rendu possible le succès de la campagne de manipulation mondiale contre l’Argentine, a été explicité dans le précédent article. Il a été prouvé que le néolibéralisme est bien devenu cette utopie performante dont Pierre Bourdieu craignait l’invasion dans nos vies. Poussons plus loin la réflexion en restant dans le cadre de notre argumentaire à travers ce quatrième article du dossier.
Par ses nouvelles armes qui colonisent nos cerveaux pour dévier nos engagements les plus authentiques, le néolibéralisme s’installe comme une perversion mercantile et anti humaniste capable de se reproduire indéfiniment. En se dissimulant derrière des attracteurs culturels et en promouvant les revendications légitimes des minorités dont les droits sont bafoués, le néolibéralisme s’est infiltré profondément dans la conscience humaine et a su briser les lignes d’autodéfense cognitive qui forgeaient la résistance collective des peuples.
Manifestement, l’influence cognitive orientée est aux mains des ingénieurs du chaos l’arme absolue qui permet de dévier les engagements humanistes de la militance progressiste. La stratégie des ingénieurs du chaos est foudroyante et implacable. Selon Giuliano Da Empoli (2019), ils cultivent « la colère de chacun sans se préoccuper de la cohérence de l’ensemble, leur algorithme dilue les anciennes barrières idéologiques gauche/droite et réarticule le conflit politique sur la base d’une simple opposition entre le peuple et les élites », le bien et le mal. C’est dans cet effondrement cognitif que le néolibéralisme parvient à imposer, derrière des colères légitimes et des luttes justes, la toute-puissance du marché.
D’ailleurs, la Coupe du monde 2026 en est bien la preuve. Elle offre une pure et vraie consolation à ceux qui ne voulaient pas voir l’Argentine triompher et offrir ainsi une récupération politique à l’axe fasciste que représente Milei, Trump et Netanyahu. Toutefois, si, au grand soulagement d’une grande partie du monde, l’Espagne a triomphé, en confirmant la supériorité technique de son football, et offre une juste récompense politique au courage et aux engagements progressistes de son premier ministre, la problématique qui nous intéresse reste entière. Et pour cause! Le vrai succès de cette Coupe du monde est d’abord celui de l’argent : record d’affluence dans les stades, d’audience télévisée, de profits, etc.
Plus de 9 milliards de dollars! C’est aussi celui de l’ingérence politique dans le sport. Mais c’est surtout celui du glissement vers lequel la manipulation nous pousse en voulant que le vainqueur d’un match de football et d’une compétition ne soit plus l’équipe la plus talentueuse, mais celle qui est conforme à nos engagements militants. Et c’est là le vrai danger sur lequel nous reviendrons. Car sur quoi peut encore compter l’humanité pour résister face à cette capacité foudroyante et insidieuse que possède désormais le néolibéralisme d’anticiper nos joies, nos colères, nos frustrations, nos engagements et nos revendications idéologiques pour mieux promouvoir ses propres intérêts?

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