Il y a de ces catégories socioprofessionnelles que l’État, la société haïtienne condamnent à l’extrême pauvreté, à vie. Sans commutation ou réduction de peine, sans procès, sans appel ou possibilité de révision, pour la simple raison que ces métiers relèveraient du sacerdoce. Citons les policiers, militaires, professeurs, enseignants au même titre que des religieux catholiques qui sont contraints, eux, de faire vœu de chasteté, parfois, de pauvreté.
Le sacerdoce serait perçu tel un pur don divin, éternel, total, absolu de soi à une cause, à une mission, à la propagation de la foi en une doctrine…
Laissons les religieux – non par pur manque d’empathie, de solidarité – à leurs problèmes de foi pour nous attacher aux autres professionnels qui ont femme(s) et progénitures à prendre soin, selon la doctrine catholique, d’après celle d’autres religions ou selon le plan du Grand Architecte de l’univers…
Attachons-nous au cas le plus sensible des policiers qui sont en mission au nom et pour le compte de l’État, donc, de la société! Se demande-t-on souvent : comment peut-il posséder tous ces biens meubles, immeubles à partir d’un salaire de misère? Ce qui rend illico, la victime à immoler, le suspect d’enrichissement illicite – s’il n’est pas ayant droit bien souché – passible de poursuites judiciaires de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), de l’Inspection générale (IGPNH), de grandes persécutions d’organismes de droits humains, vetting, isolement… toute la batterie de tracasseries judiciaires réservées aux seuls misérables condamnés à vie!
Au fait, le policier se doit d’être vertueux, de ne tirer aucun profit de son statut et de ne jamais se vautrer dans le kidnapping, la corruption, le trafic d’influence, de stupéfiants, ou toute action louche qui peut se rapporter à l’argent sale…? Mais la vertu doit-elle s’accommoder de la pauvreté extrême, à vie? Y aurait-il une prescription claire, selon laquelle le policier (sa femme) ne peut, ne doit pas être entrepreneur…? Ces considérations sont toutes valables dans le cas d’agents de la Force militaire à créer, au temps béni de la reconstruction nationale!
Le cas des enseignants et des professeurs est plus crucial, scandaleux puisqu’ils sont ceux qui vulgarisent, transmettent les connaissances générales et spécifiques aux autres corps de métier, indistinctement. Qu’ils soient du public, du privé, nous leur demandons tacitement de faire du sacerdoce pur, d’être bien vertueux au point de ne jamais penser à l’aisance, l’abondance voire à la richesse. De ne jamais se préoccuper de l’écolage, de l’avenir de leurs enfants dans un pays où la scolarisation, l’université ne sont pas universelles, gratuites, majoritairement publiques!
Les employés de banque, de maisons de transfert, de quincaillerie, d’ameublement, eux aussi, doivent être vertueux, dormir « sou yon atè miyò », résister à toute tentation, même quand ils ne peuvent renouveler leur force de travail ni bénéficier des facilités, avantages, crédits offerts, pourtant, par leur employeur, à ses clients… D’ailleurs, ils ne sont pas assez cons, les patrons d’entreprises, pour ignorer qui peut rembourser une dette, respecter des échéances à temps…!
Aucune vertu ne doit germer de la misère, aucune vertu ne doit faire germer la misère, sans que l’humanité universelle ne soit affectée, méprisée, bafouée, trahie… Il faut bien, disait-il, un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu… Donc un peu d’empathie, d’honnêteté pour prêcher l’honnêteté et la vertu!
Sanctionner avec rigueur, dans les deux sens!

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